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Peenemünde, berceau des V2 nazis et fief nationaliste allemand
(13-09-2017) - Petit bourg allemand de 250 habitants, Peenemünde n'a pas eu à accueillir le moindre demandeur d'asile. Pourtant, on y vote à près de 50% AfD, un parti farouchement antimigrants qui vise un score historique aux prochaines législatives.
Une réplique d'un V2 à Peenemünde, un petit bourg près de la frontière polonaise, qui vote massivement pour l'AfD un parti antimigrants, le 18 août 2017.
Une réplique d'un V2 à Peenemünde, un petit bourg près de la frontière polonaise, qui vote massivement pour l'AfD un parti antimigrants, le 18 août 2017.
© AFP

Situé dans l'ex-Allemagne de l'Est communiste, non loin de la frontière polonaise, ce petit port de la Baltique, sans école ni supermarché, doit sa notoriété au régime nazi qui y développa ses redoutables V2, premiers missiles à guidage autonome de l'Histoire.

Ce passé et les difficultés économiques héritées de l'époque communiste ont laissé Peenemünde réceptive aux discours nationalistes. Lors d'élections régionales en 2016, les populistes de droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) y ont réalisé un score remarqué de 47%.

Et lors des législatives du 24 septembre, le parti compte bien récidiver ici, comme dans l'ensemble de la région du Mecklembourg, fief électoral de la chancelière Angela Merkel.

A tout juste 30 ans, Frank Neumann, natif de Peenemünde, reconnaît volontiers que le discours de fierté nationale portée par l'AfD résonne avec l'histoire de son village.

"Enfant, je trouvais bien sûr tout ça fascinant, c'était comme un grand terrain de jeu avec les ruines (des installations militaires nazies) cachées dans les bois", se souvient l'électeur de l'Alternative pour l'Allemagne.

- Mission Apollo -

Thomas Köhler, chef archiviste du musée historique et technique de Peenemünde, essaye de relater de manière équilibrée le passé de cette bourgade berceau des V2 nazis, le 18 août 2017.
Thomas Köhler, chef archiviste du musée historique et technique de Peenemünde, essaye de relater de manière équilibrée le passé de cette bourgade berceau des V2 nazis, le 18 août 2017.
© AFP

"Plus tard, j'ai réalisé que les succès techniques (du IIIe Reich) étaient certes sensationnels, mais liés à la guerre et à la destruction. Ce n'est pas de ça précisément qu'on est fier, notre fierté est plus générale: tout le monde devrait être fier de son pays et de son héritage", explique ce cadre d'une entreprise organisant des sorties en mer.

Bâti sur un site où des prisonniers assemblaient les missiles de l'ingénieur nazi Wernher von Braun, le Musée historique et technique de Peenemünde essaye de relater de manière équilibrée le passé à 160.000 visiteurs annuels.

Car si les V2 ont pilonné les populations civiles anglaises, belges et françaises, faisant 15.000 morts en 1944-1945, leur développement a permis par ricochet la conquête spatiale, Von Braun ayant, après la guerre, mis son talent au service des missions Apollo qui ont conduit les Américains sur la Lune.

"Nous essayons de présenter l'Histoire telle qu'elle était, sans dissimuler les aspects négatifs, ce que beaucoup d'amateurs de technique regrettent. D'autres disent que nous glorifions les ingénieurs nazis", explique à l'AFP Thomas Köhler, chef archiviste du musée.

"J'imagine que si les deux camps sont mécontents, nous proposons quelque chose d'équilibré", s'amuse-t-il.

L'AfD considère pour sa part que la politique de mémoire sur les crimes nazis adoptée par tous les gouvernements depuis 1945 a gommé le droit d'être fier des grandes réussites allemandes, qu'elles soient techniques, culturelles ou scientifiques.

L'Allemagne "ne peut pas vivre éternellement sur un tas de ruines et de cendres", explique à l'AFP Leif-Erik Holm, candidat AfD aux législatives dans le Mecklembourg. "Les Allemands s'étonnent toujours d'être parmi les nations les plus populaires au monde et se demandent comment c'est possible vu qu'on est les méchants de l'Holocauste. En fait, c'est à l'étranger que notre image est plus nuancée".

- 'L'espoir AfD' -

Alexander Gauland, leader du parti allemand anti-Islam et anti-immigration AfD (Alternative fuer Deutschland) durant la campagne des législatives, le 11 septembre 2017 à Francfort.
Alexander Gauland, leader du parti allemand anti-Islam et anti-immigration AfD (Alternative fuer Deutschland) durant la campagne des législatives, le 11 septembre 2017 à Francfort.
© AFP

Aussi important soit-il, ce patriotisme n'est cependant pas le seul facteur du succès de l'AfD à Peenemünde. Car ici comme ailleurs dans l'Est, la région est en retard sur l'ouest sur le plan économique.

Nichée au nord d'Usedom, une île prisée des vacanciers, la bourgade vit essentiellement du tourisme. En conséquence, dans le district, chaque hiver le chômage grimpe à 15% avant de tomber en juin à 10%, soit le double de la moyenne nationale.

Du pain bénit pour l'AfD qui accuse la chancelière de consacrer des milliards aux 900.000 demandeurs d'asile accueillis en 2015, mais d'oublier les régions les plus démunies d'Allemagne.

"J'ai vu tous mes camarades d'écoles partir parce qu'ici, il n'y a ni travail ni soutien pour les jeunes ou les familles qui ont des enfants", explique Frank Neumann. "Les partis établis que Merkel incarne n'ont rien fait ces dix dernières années. Je ne sais pas si l'AfD, en tant que nouveau venu, peut faire mieux, mais j'ai de l'espoir".



© AFP
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