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Vaincre ou mourir: le combat d'un sénateur philippin contre Duterte
(14-09-2017) - Le sénateur philippin Antonio Trillanes s'est lancé en politique du fond d'une cellule. Et à cause de son combat acharné contre un président qualifié de "tueur à gages", il craint que sa carrière ne s'achève au cimetière.
Le sénateur philippin Antonio Trillanes, le 13 septembre à Manille
Le sénateur philippin Antonio Trillanes, le 13 septembre à Manille
© AFP

Mais l'ancien officier de la marine, qui a plusieurs tentatives de coup d'Etat à son actif, semble s'épanouir sous la pression, lui qui accuse régulièrement Rodrigo Duterte d'être un meurtrier de masse corrompu.

"Cet homme est un sociopathe et il a l'état d'esprit d'un tueur à gages", dit M. Trillanes dans son bureau de sénateur, lors d'un entretien mercredi avec l'AFP.

M. Duterte a remporté la présidentielle de 2016 grâce à une campagne outrancière. Il avait promis d'éradiquer le trafic de drogue en faisant abattre jusqu'à 100.000 trafiquants et toxicomanes présumés.

Les poissons de la baie de Manille allaient s'engraisser sur les cadavres, avait-il assuré, promettant de gracier les policiers reconnus coupables de violations des droits de l'homme dans le cadre de la guerre contre la drogue.

Depuis son arrivée au pouvoir, la police a annoncé avoir abattu plus de 3.800 personnes tandis que des milliers d'autres sont mortes dans des circonstances non élucidées.

Le corps d'un suspect gît à terre pendant une opération antidrogue de la police à Manille, le 18 août 2017
Le corps d'un suspect gît à terre pendant une opération antidrogue de la police à Manille, le 18 août 2017
© AFP

De nombreux Philippins soutiennent leur président, qui dispose aussi de la majorité dans les deux chambres du Congrès.

Mais un climat de peur règne sur l'archipel. Les contempteurs de M. Duterte l'accusent de vouloir museler ses opposants et réinstaurer la dictature, trois décennies après le renversement de Ferdinand Marcos par une révolte populaire.

M. Duterte s'en est pris à la cheffe de la Cour suprême, à la Commission sur les droits de l'homme, à l'Eglise catholique et aux médias critiques à son endroit. Avec son entourage, il s'est ensuite employé à restreindre leurs pouvoirs et à tenter de les discréditer.

- Campagne électorale en prison -

La sénatrice Leila de Lima, qui est avec son collègue Trillanes l'une de ses opposantes les plus acharnées, a été emprisonnée en février, accusée d'un trafic de drogue qu'elle dit totalement imaginaire.

Le weekend-end dernier, M. Duterte a fait de M. Trillanes sa nouvelle cible prioritaire.

"Je le détruirai ou il me détruira", a affirmé le président.

Paolo Duterte, adjoint au maire de la ville de Davao et fils du président Rodrigo Duterte, est entendu par une commission du Sénat philippin le 7 septembre 2017
Paolo Duterte, adjoint au maire de la ville de Davao et fils du président Rodrigo Duterte, est entendu par une commission du Sénat philippin le 7 septembre 2017
© AFP

M. Trillanes venait d'entendre le fils de M. Duterte, Paolo, dans le cadre d'une commission d'enquête sénatoriale.

Le sénateur accusait Duterte fils d'appartenir à une triade chinoise ayant importé dans l'archipel une vaste quantité de méthamphétamines. Il l'avait mis au défi de dévoiler un tatouage prouvant selon lui son appartenance au gang.

Paolo Duterte a reconnu avoir un tatouage dans le dos mais refusé de le montrer, démentant toutes les accusations portées contre lui.

Depuis la sortie présidentielle sur la "destruction" de M. Trillanes, l'entourage de M. Duterte ainsi que ses partisans sur les réseaux sociaux accusent le sénateur de dissimuler des richesses mal acquises dans des comptes bancaires secrets.

L'intéressé dément, ajoute que ce genre d'attaques ne l'étonne pas et qu'il s'attend à pire.

"Duterte a en fait donné l'ordre de me tuer. Il veut me voir mort. Sans parler des accusations qu'il veut voir montées de toutes pièces pour pouvoir m'emprisonner comme la sénatrice de Lima".

- Courageux et fou -

Mais le sénateur, père de deux enfants adolescents, ne montre pendant l'entretien aucun signe de vouloir se laisser intimider.

C'est peut-être parce qu'il a survécu de manière remarquable aux soubresauts d'une démocratie philippine chaotique et corrompue.

Jeune officier de la marine, il avait aidé à mener deux brèves tentatives de coup d'Etat contre la présidente d'alors, Gloria Arroyo, en 2003 et 2007, soupçonnée entre autres de corruption.

Emprisonné pendant sept ans, il était devenu la première personne à se faire élire au Sénat en faisant campagne derrière les barreaux.

En 2010, le prédécesseur de M. Duterte, Benigno Aquino, l'avait gracié aux côtés des autres comploteurs.

Cela lui avait permis de se consacrer à fond à ses activités politiques. Il s'était rapidement forgé la réputation de dévoiler les secrets les moins avouables des puissants.

Aux yeux de ses partisans, M. Trillanes est un croisé, fou et courageux, de la lutte anticorruption. Pour ses détracteurs, il recherche la publicité à tout prix pour faire avancer sa carrière politique.

M. Trillanes rejette ces accusations. Il dit qu'il abandonnera la politique au terme de son mandat en 2019 pour se consacrer à un masters de relations internationales.

"Dans ce combat politique contre Duterte, je n'ai aucune élection à l'horizon. Et plus important, c'est ma vie qui est en jeu. Aucune ambition politique ne peut se comparer à cela".



© AFP
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