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28-08-2018 par Midi Madagasikara

Certaines décisions prises durant la période transitoire de 2009 – 2013 ont coûté cher à l’économie nationale


Copyright Image : © Midi Madagasikara

 

Imaginons une personne qui se déplace tous les jours à pied ou à bicyclette pour aller au travail. Elle ne dépense pas un ariary pour acheter du carburant. Et pourtant, cette personne, en tant que contribuable paie une partie peut- être infime des subventions aux carburants. Et quand on sait que la grande majorité des Malgaches est comprise dans cette catégorie de ceux qui ne consomment pas des carburants, l’on imagine à quel point, ce système de subventions de carburants est injuste.

Disproportionnée

Le FMI confirme cette thèse dans une étude sur les carburants, dans le cadre de la troisième de la Facilité Elargie Crédit (FEC) publiée en juillet dernier. « Le système d’administration des prix des carburants s’est avéré coûteux et ses bénéfices sont très contestables » affirme cette étude. « Il (le système de subvention) a coûté jusqu’à 20,5 % du PIB par an entre 2010 et 2012 et jusqu’à 0,8 % du PIB chaque année entre 2013 et 2015, dépassant le budget total consacré aux dépenses sociales prioritaires au cours de la même période. Ses retombées sociales à Madagascar sont contestables : si le pétrole lampant est largement consommé par les plus pauvres (pour les besoins essentiels, pour la cuisine ou l’éclairage), ce produit ne représente qu’une petite part de la consommation totale (et donc des subventions). En revanche, la consommation d’essence et de gasoil se concentre dans le quintile le plus riche. En somme, les subventions aux carburants à Madagascar ont profité de façon disproportionnée aux ménages les plus riches et étaient fortement régressives. De façon plus globale, il est largement prouvé que les subventions aux prix des carburants n’atteignent pas généralement les personnes qui en ont le plus besoin et qu’il vaudrait mieux les remplacer par des instruments de protection sociale plus économiques et bien ciblés. Dans un contexte de graves restrictions budgétaires, le financement de ce coût a également grevé les finances publiques : la banque centrale été forcée de s’en acquitter (en accordant aux distributeurs de carburants un taux de change préférentiel qui a été complètement éliminé à la fin de 2015) ; l’accumulation d’arriérés par l’État en raison du versement des subventions ; et la suspension du paiement de certains impôts dus par les distributeurs de carburants ».

Transition

L’étude du FMI rappelle que les subventions des carburants a été décidée durant la transition « Des subventions aux carburants ont été mises en place en 2010 avec l’objectif déclaré de préserver le pouvoir d’achat de la population face à la montée en flèche des cours internationaux du pétrole. Elles ont pris diverses formes, notamment la réduction ou la suspension de taxes ou un taux de change préférentiel appliqué aux importations de pétrole, pour dédommager les distributeurs de carburants. Mais la donne a changé, après le retour à l’ordre constitutionnel. « Avec le retour de l’ordre constitutionnel et la chute brutale des cours internationaux du pétrole à partir de 2014, le gouvernement a entrepris le processus de suppression des subventions aux carburants. Les prix à la pompe ont progressivement augmenté depuis juillet 2014 et le gouvernement a instauré un mécanisme d’ajustement automatique des prix en février 2016, afin de combler l’écart entre les prix de référence et les prix à la pompe. Le fonctionnement de ce nouveau dispositif a été satisfaisant en 2016 et 2017. Les prix à la pompe ont été régulièrement ajustés, suivant de près l’évolution des prix de référence, en dépit d’une faible déviation occasionnelle. Tout passif envers les distributeurs de pétrole en cas d’écart temporaire entre les prix à la pompe et les prix de référence a été réglé par une révision à la hausse des prix à la pompe au cours des mois suivants, ce qui a permis d’éviter des coupes budgétaires. Cette stratégie a ramené le passif envers les distributeurs de carburants à un très faible niveau. L’écart a même été favorable à l’Etat au cours du deuxième semestre de 2017, les prix à la pompe ayant été supérieurs aux prix de référence pendant plusieurs mois. Cependant, cette situation favorable s’est inversée au début de l’année 2018 : tandis que le prix de référence a considérablement augmenté du fait de la remontée des cours internationaux du pétrole, les prix à la pompe étaient gelés en janvier et février 2018. Bien qu’un accord ait été trouvé pour réduire les marges des compagnies pétrolières en février et augmenter les prix à la pompe en mars et avril, l’écart par rapport au prix de référence s’est fortement creusé. Le passif envers les distributeurs de pétrole reste faible (0,1 % du PIB à fin mai 2018) » Actuellement, les prix des carburants ne cessent d’augmenter. L’augmentation progressive décidée par l’Etat en concertation avec les opérateurs pétroliers permet cependant d’amoindrir le choc. Mais ce qui est encourageant, c’est que l’injustice ces subventions est dorénavant bannie.

Recueillis par R.Edmond.