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15-06-2019 par Moov.mg

18 mois après le mariage d’Air Madagascar avec Air Austral, tout n’est pas encore dans l’ordre. La situation financière de la compagnie reste encore très fragile. La moindre erreur lui sera fatale. C’est pourquoi, l’Etat a inscrit ce dossier parmi l’une de ses priorités cette année.


Copyright Image : Moov (Archives)

 

Air Madagascar est-elle sortie de la zone de turbulence ? Dans les allées du salon international tourism fair of Madagascar (ITM) à Ivato, Air Madagascar tente de s’imposer face aux autres grosses pointures du transport aérien comme Air France, Turkish Airlines ou encore Ethiopian Airlines. C’est une manière pour la compagnie nationale de témoigner à ses clients qu’elle est encore un acteur majeur du marché malgache.

« Le bilan de la première année est déficitaire comme il était prévu dans le business plan. Par ailleurs, des changements positifs tendent à améliorer cette situation afin d’atteindre l’équilibre dans les 18 prochains mois », lance Marie Joseph Malé, président du conseil d’administration de Air Austral.  « Tsaradia est sur son rampe de lancement et assure parfaitement les vols domestiques. Sur la ligne Tana Paris Tana, Air Madagascar passe en ce moment à une fréquence au quotidien contre deux vols hebdomadaires il y a deux ans. Le taux de ponctualité s’est aussi amélioré. Air Madagascar est sur le point de retrouver les fondamentaux », rajoute-t-il.

Mais pourtant, sa situation financière reste encore fragile. « C’est vrai qu’Air Madagascar reste dans une zone rouge, en ce qui concerne sa situation financière. Le gouvernement a entamé plusieurs sessions pour que nous puissions voir plusieurs options. Nous avons déjà convenu avec Air austral de ce que nous devons déjà adopter cette année pour que la situation de la compagnie nationale ne s’aggrave pas et pour éviter de la fragiliser. C’est un dossier important, il est donc important d’ouvrir les discussions pour l’avenir », a fait savoir Richard Randriamandrato, ministre de l’Economie et des Finances le lundi 13 juin devant la presse.

Dix huit mois après le mariage entre les deux compagnies, plusieurs dossiers risquent de paralyser le processus de redressement en cours. Le litige avec Air France qui réclamait 21 millions d’Euros, des dettes encore non apurées par l’Etat, ainsi que les préjudices créés par les droits de vols accordés à Ethiopian Airlines planent sur la santé financière de la compagnie malgache.

Un financement de prêt qui n’est pas encore débloqué

Les choses se compliquent pour Air Austral. La compagnie réunionnaise avait promis d’injecter 40 millions de dollars pour le redressement d’Air Madagascar dont 15 millions de dollars sur fonds propres et 25 millions de dollars en compte courant mais sous formes de prêt. La première tranche lui permet d’entrée dans le capital de la compagnie malgache, la deuxième serait utilisé pour redonner des ailes à Air Madagascar. Pourtant, les 25 millions de dollars contractés auprès de l’Agence française de développement (AFD) et de deux banques commerciales n’ont pas encore été débloqués jusqu’à ce jour.

« L’AFD voulait s’assurer si le partenariat était digne de confiance. Comme les choses avancent dans le bon sens, le déblocage du prêt est en cours », confie Joel Randriamandranto, ministre des Transports, du tourisme et de la météorologie en marge de l’ouverture du salon International Tourism Fair of Madagascar (ITM) le jeudi 13 juin à Ivato.

En effet, les « bailleurs » restent encore très prudents vis-à-vis de ce partenariat du fait du « non-respect » de certaines clauses de l’accord stratégique par l’Etat malgache. Celles-ci concernent principalement la protection du droit de trafic pendant les trois premières années de l’accord.

Les droits de vols accordés à Ethiopian Airlines fragilisent Air Madagascar

A peine quelques mois après la signature de l’accord entre Air Austral et le gouvernement, les autorités malgaches ont accordé des autorisations de vol supplémentaires à Ethiopian Airlines. Le transporteur éthiopien, qui avait postulé en vain pour devenir partenaire stratégique d’Air Madagascar en 2017, mène depuis un an une offensive importante sur Antananarivo et Nosy Be, ne cessant de demander des fréquences supplémentaires. De trois vols hebdomadaires à son arrivée à Madagascar en mars 2017, la compagnie éthiopienne est passée à quatre, puis à sept vols hebdomadaires, à raison de quatre fréquences sur Antananarivo et trois sur Nosy-Be. Cette situation porte des préjudices financiers à Air Madagascar. Le manque à gagner est estimé à 6 millions de dollars par an par ouverture de lignes supplémentaires. Une demande de compensation dans ce sens aurait même été déposée sur la table lors des discussions avec le gouvernement au mois de mai.

Le nouveau gouvernement semble avoir tiré les leçons et a pris en considération cette clause protégeant le redressement d’Air Madagascar. Bien que l’open sky est l’un des leitmotivs du nouveau régime afin d’atteindre les objectifs de 500 000 touristes, le gouvernement rassure que toute discussion sur l’octroi de vols serait concertée avec sa compagnie aérienne. Selon Joel Randriamandranto, le ciel malgache est ouvert à tous. Si Emirates ou Qatar viennent, nous les écouterons mais l’ouverture se fera en concertation avec Air Madagascar. Et ce dans l’intérêt de notre compagnie aérienne en plein redressement.

Six grosses pointures exploitent en ce moment le marché malgache. Il s’agit d’Air France, Air Link, Ethiopian Airlines, Turkish Airlines, Air Mauritius, Kenya Airways. « Les Emirates devront attendre au moins les trois ans de redressement initial de la compagnie nationale malgache comme stipulé dans le protocole de partenariat avec Air Austral », souligne par ailleurs Eric Koller, président du conseil d’administration d’Air Madagascar. « On ne peut pas aligner à une compétition de marathon un athlète privé de jambe. C’est injuste. Il faut attendre qu’il retrouve sa forme », soutient pour sa part Marie Joseph Malé à propos de la protection du droit de trafic.

 

L’apurement de la dette

Sur les 303 milliards de dettes à rembourser initialement, un passif de 24 milliards ariary reste encore à éponger. Mais une autre surprise attendait aussi les dirigeants de la compagnie. « Une dette de 7 millions de dollars au moins n’a pas été intégrée dans les prévisions initiales. Cette situation continue de peser sur les finances du transporteur aérien », révèle Besoa Razafimaharo, directeur général d’Air Madagascar. La compagnie nationale se trouve ces derniers mois dans des difficultés financières. Les modalités de règlement de cette dette devraient également figurer à l’ordre du jour des discussions entre les deux actionnaires de la compagnie.

Aucun calendrier n’est avancé pour le moment sur les prochaines rencontres entre les deux actionnaires.

 

Lova Rafidiarisoa

 


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