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13-09-2018 par AFP

Brésil: Les défis de Haddad, le candidat de Lula à la présidentielle


Fernando Haddad a de grandes chances de parvenir au second tour de la présidentielle d'octobre au Brésil après son adoubement par Lula, mais pour remporter l'élection et encore plus gouverner, il devra impérativement se distancer de son mentor.

Luiz Inacio Lula da Silva, président de 2003 à 2010, a donné sa bénédiction à M. Haddad mardi pour le remplacer dans la course alors qu'il a été déclaré inéligible par la justice électorale. 

Lula a attendu la date butoir fixée par les juges pour passer le témoin, après avoir multiplié les recours contre sa disqualification. Mais c'est une onction franche et entière qu'il a donnée à son ancien ministre de l'Education, au profil moins fougueux mais aussi plus conciliateur.

La voie qui se dresse devant celui qui a aussi été maire de Sao Paulo est pleine de défis. Pour commencer, il dispose de très peu de temps pour entrer dans une campagne largement entamée par ses concurrents: moins de quatre semaines avant le 1er tour du 7 octobre.

- "Question de temps" -

Cet avocat et ancien professeur universitaire de 55 ans, peu connu de l'électorat brésilien, va devoir obtenir le meilleur report possible des voix qui se seraient portées sur Lula.

Les derniers sondages plaçaient cette semaine M. Haddad à 8% ou 9% des intentions de vote alors qu'il n'était pas encore officiellement candidat, bien loin des près de 40% dont Lula avait été crédité jusqu'à son invalidation le 1er septembre.

Mais il va pouvoir compter non seulement sur l'appui de Lula, resté très populaire dans le pays, mais également sur la puissante machine électorale du Parti des travailleurs (PT) la grande formation de gauche confondée par Lula au début des années 80.

Le candidat Haddad va aussi disposer du deuxième temps d'antenne le plus long pour la campagne officielle à la télévision, un atout important dans un pays où une grande majorité d'électeurs forment encore leur opinion grâce à ce média.

Le PT dispose aussi d'une importante force de frappe sur les réseaux sociaux, où il est particulièrement actif, ainsi que ses militants.

"Avec tout cela, on voit difficilement comment il n'arriverait pas au deuxième tour", déclare à l'AFP Lincoln Secco, historien de l'Université de Sao Paulo spécialiste du PT. "C'est seulement une question de temps pour que les électeurs reconnaissent Haddad comme le candidat de Lula".

Mais l'un des défis de Haddad sera de prendre des voix au candidat de centre gauche Ciro Gomes, bien implanté dans le nord-est défavorisé, et qui fait un bon début de campagne.

M. Gomes, un ex-ministre de Lula lui aussi, est désormais en deuxième position dans les derniers sondages, entre 11% et 13%, derrière le candidat de l'extrême droite Jair Bolsonaro (de 24% à 26%).

- Marionnette de Lula? -

L'influence parfois écrasante de Lula sur les décisions du parti et le fait que M. Haddad lui ait rendu visite à maintes reprises en prison ces dernières semaines laissent planer le doute: serait-il une simple marionnette de l'ex-président?

Sur les réseaux sociaux, le PT lui-même a lancé une campagne avec la hashtag #LulaéHaddad (Lula, c'est Haddad).

"Au premier tour, Haddad sera la voix de Lula, pour captiver l'électorat de base du parti, mais au second, (il faudra) qu'il prenne son autonomie pour montrer son profil plus modéré", explique à l'AFP Thomaz Favaro, analyste politique du cabinet de consultants Control Risk.

Il sera d'autant plus amené à ratisser plus large dans le cas fort probable où il se retrouve opposé à M. Bolsonaro, avec la dure mission de convaincre un électorat de centre droit souvent viscéralement anti-PT.

Et s'il arrive finalement au pouvoir, Fernando Haddad héritera d'un pays à la dette abyssale, à faible croissance et près de 13 millions de chômeurs.  

Un contexte économique peu favorable qui pourrait l'obliger de demander aux Brésiliens de se serrer la ceinture et de mettre un frein à l'ambitieux programme de réformes sociales du PT.

"S'il est élu, il lui faudra trouver un équilibre entre son esprit conciliateur et son parti, dont le programme est plus radical que lors des dernières élections", conclut Thomaz Favaro.


AFP