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08-09-2018 par AFP

Irak: A Bassora, le consulat d'Iran incendié lors de nouvelles manifestations


Des centaines d'Irakiens ont incendié vendredi le consulat iranien à Bassora, lors d'une nouvelle soirée de manifestations dans cette ville pétrolière où neuf manifestants ont été tués cette semaine et de nombreux sièges d'institutions publiques et de partis incendiés.

L'attaque contre la représentation diplomatique du grand voisin iranien, puissance agissante en Irak, marque un tournant dans le soulèvement que connaît le sud du pays depuis juillet contre la corruption des politiciens et la déliquescence des services publics.

Ils estiment ne pas voir les fruits des richesses pétrolières de la région et des centaines d'entre eux ont investi vendredi soir un champ de pétrole au nord de Bassora, ont rapporté des témoins.

Jeudi soir, les manifestants s'en étaient pris à des partis et groupes armés proches de l'Iran.

Vendredi soir, ils ont pénétré par centaines au-delà de l'imposante muraille de béton, a constaté un photographe de l'AFP. D'immenses flammes s'échappaient du bâtiment que les employés avaient quitté avant l'arrivée des manifestants, selon le consulat.

Les Affaires étrangères irakiennes ont dénoncé un "acte inacceptable portant atteinte aux intérêts de l'Irak et de ses relations internationales".

À Téhéran, le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, Bahram Ghassemi, a dénoncé une "attaque sauvage", selon l'agence iranienne Fars.

Voyant dans l'incendie le signe d'un complot destiné à "détruire les relations d'amitié" entre l'Iran et l'Irak, M. Ghassemi a estimé que "la responsabilité de toute négligence revient au gouvernement irakien".

- "Assoiffés, malades et abandonnés" -

Téhéran tente depuis les législatives de mai de peser sur la formation du futur gouvernement irakien. Le bloc pro-Iran au Parlement, emmené par Hadi al-Ameri, tête de liste d'anciens combattants anti-jihadistes, dont la plupart des sièges à Bassora ont été saccagés par les manifestants, revendique la majorité des députés nécessaire à former le cabinet.

Vendredi soir, des témoins ont indiqué que les manifestants avaient incendié le domicile du ministre des Télécommunications, issu du même mouvement que M. Ameri. 

Mais le Premier ministre sortant Haider al-Abadi, allié au populiste Moqtada Sadr, qui se veut le héraut de l'indépendance politique de Bagdad face à Washington et Téhéran, assure aussi avoir la plus large coalition. 

Samedi, à l'appel de Moqtada Sadr, M. Abadi se présentera avec plusieurs de ses ministres devant le Parlement pour évoquer le mouvement social à Bassora, exacerbé par une crise sanitaire qui a déjà mené à plus de 30.000 hospitalisations pour intoxication par l'eau.

"On a soif, on a faim, on est malades et abandonnés", résume à l'AFPTV Ali Hussein, un protestataire. "Manifester est un devoir sacré et tous les gens honnêtes devraient le suivre".

Depuis mardi, neuf manifestants ont été tués, selon Mehdi al-Tamimi, chef du Conseil provincial des droits de l'Homme.

Cette crise intervient à un moment de paralysie politique à Bagdad.

Le Parlement ne parvient toujours pas à s'accorder sur le choix de son président et les tractations se poursuivent pour une coalition gouvernementale.

Si l'incendie du consulat iranien va sûrement avoir un impact sur les rapports de force, les experts pointent également d'autres événements du doigt. 

Tôt vendredi, trois obus s'étaient abattus sur l'ultra-sécurisée zone verte de Bagdad, siège des autorités, notamment le Parlement. L'attaque, rare et dont les auteurs n'ont pas été identifiés, n'a fait "ni victime ni dégât", selon les autorités. 

En outre, lors de la prière hebdomadaire, le représentant du Grand ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité religieuse chiite du pays, a dénoncé une nouvelle fois "le mauvais comportement des hauts dirigeants". Il a appelé à ce que "le futur gouvernement soit différent de ceux qui l'ont précédé".

- "Usage excessif de la force" -

Un autre représentant de l'ayatollah Sistani, en visite à Bassora, a visité des stations de distribution d'eau ainsi que des familles de manifestants tués.

Il a constaté, selon le sermon prononcé au nom de l'ayatollah Sistani, "qu'il aurait été possible, avec un peu d'effort et d'argent (...) de diminuer grandement les effets de la crise" de l'eau, dénonçant "le manque d'expertise et d'attention de certains" responsables.

M. Tamimi, lui, dénonce "une politique gouvernementale intentionnelle de négligence".

Exaspérés d'attendre la fin des pénuries chroniques d'eau et d'électricité, et le limogeage des corrompus, les habitants de la province pétrolière ont repris il y a quelques jours les manifestations lancées début juillet. Elles s'étaient essoufflées après des promesses de milliards de dollars du gouvernement.

La contestation sociale a fait 24 morts depuis juillet .

Amnesty International a dénoncé un "usage excessif de la force par les forces de sécurité, dont des balles réelles", affirmant que cela avait déjà eu lieu en juillet. Bagdad pointe du doigt des "vandales" infiltrés parmi les manifestants.

Déchiré par des années de violences depuis l'invasion américaine de 2003, l'Irak se remet d'une guerre contre le groupe Etat islamique (EI). Malgré d'importantes recettes pétrolières --7,7 milliards de dollars en août--, le pays connaît un chômage et une pauvreté endémique, particulièrement dans le sud.


AFP