Vous êtes ici

10-09-2018 par AFP

Rinkeby, une banlieue suédoise face au spectre de l'extrême droite


"Je n'ai pas peur mais je suis inquiet": devant l'école de Rinkeby, un quartier défavorisé de Stockholm, Hassan Abdullahi s'alarme de la percée de l'extrême droite attendue aux législatives de dimanche.

Les Démocrates de Suède (SD), formation anti-immigration qui réclame le retour au pays de nombreux demandeurs d'asile et la fin de la double nationalité, pourrait recueillir autour de 20% des voix et s'assurer une influence historique sur l'échiquier politique.

"Leurs racines sont nazies et on sait ce que le nazisme a fait en Europe", dit à l'AFP ce militant du Parti de gauche (ex-communistes) qui distribue des bulletins devant le bureau de vote où les familles entrent au compte-gouttes.

Venue remplir son devoir civique avec sa mère, Misky, une jeune femme de 19 ans d'origine somalienne au visage ceint d'un foulard vert, reconnaît que la menace de l'extrême droite a motivé beaucoup de ses amis à se déplacer.

"Ils ont seulement commencé à s'engager quand ils ont vu les scores de SD", confie-t-elle. "Ce me fait un peu peur".

Dans ce quartier nord de Stockholm, 82,6% de la population est issue de l'immigration, une proportion deux fois et demie supérieure à celle de l'ensemble de la capitale.

Le leader de l'extrême droite, Jimmie Åkesson, qualifiait en 2009 les musulmans de "plus grande menace étrangère depuis la Seconde Guerre mondiale". En meeting samedi soir à Stockholm, il disait craindre "l'application de la sharia (la loi islamique) dans les tribunaux suédois". 

A la mosquée de Rinkeby, on encourage les fidèles à aller voter, raconte Mohamad, un étudiant de 21 ans. Lui a choisi le Parti de gauche car il "ne fait plus confiance aux sociaux-démocrates" au pouvoir depuis quatre ans.

Lors du scrutin de 2014, la formation du Premier ministre sortant avait raflé près de 70% des suffrages de l'arrondissement, mais à peine plus d'un électeur sur deux s'était déplacé.

- Chômage et délinquance -

Employé dans les transports publics, Mohamed Issack déplore que beaucoup dans le quartier ne fassent pas le déplacement.

"Ca dépend sans doute de leur origine (...): si on n'a pas la possibilité de voter dans son pays natal, on ne pense pas forcément à voter ici", avance le quinquagénaire tiré à quatre épingles.

"Ils viennent de dictatures, ils n'ont jamais eu voix au chapitre et éprouvent une grande méfiance vis-à-vis des institutions", explique pour sa part Amineh Kakabaveh, un ex-combattante peshmerga d'Iran devenue députée de gauche.

Mais pour Babou Ngie, 45 ans, les habitants sont désormais plus mobilisés. 

"On va dans la bonne direction. C'est très important maintenant que les partis extrémistes sont plus populaires", dit ce volontaire qui informe les électeurs, souvent perdus, de la procédure de vote. 

Certains font leur choix sur des tables à l'ombre des isoloirs.

Stigmatisé par la presse, le quartier cumule des problèmes de chômage et de délinquance. Plus de 7% des habitants sont sans emploi, plus du double de la moyenne de la ville. 

Sur la place à la sortie du métro, ils gravitent autour d'un étal de fruits et légumes qui apporte au béton un semblant de convivialité. Les femmes, certaines portant une burqa, discutent entre elles alors que les jeunes se retrouvent près du "kebab".

Ici, le SD avait obtenu à peine 3% lors des dernières législatives mais selon une enquête de l'Institut statistique national (SCB), 11,3% des Suédois nés à l'étranger exprimaient en mai leur sympathie pour la formation.

Une quête de "respectabilité" pour ces immigrés souvent blancs et chrétiens, mieux intégrés que les dernières vagues d'arrivants venus du Sud, analyse pour l'AFP Anders Neergaard, professeur à l'Université de Linköping.


AFP