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09-09-2018 par AFP

Christian Boiron, chantre de l'homéopathie à la fibre sociale


Christian Boiron, qui a annoncé mercredi quitter au 1er janvier prochain ses fonctions de directeur général du groupe familial du même nom, géant français de l'homéopathie, en était l'emblématique patron depuis des décennies, cultivant l'image d'un "patron social".

Agé aujourd'hui de 71 ans, Christian Boiron était entré en 1970 dans la société lyonnaise fondée par son père et son oncle, alors qu'il venait à peine d'obtenir son diplôme de pharmacien. 

A l'époque, il ne pensait "pas y faire long feu", a-t-il confié dans un ouvrage personnel publié en 2016, "Recherche en homéopathie".

Il en est toutefois devenu directeur général une première fois dès la fin des années 1970, avant de régulièrement permuter les rôles de direction avec son frère Thierry, actuellement président du conseil d'administration du groupe.

"Ma passion, c'était le social. Et puis peu à peu, j'ai découvert que le management et la médecine étaient des proches parents (...), dans les deux cas je ressentais un fort besoin de réflexion philosophique et éthique", a encore écrit ce précurseur français du "bien-être" en entreprise.

Sous son impulsion, le groupe s'est ainsi doté d'un "Chief happiness officer" dès... 1984, soit une trentaine d'années avant que cette fonction devienne monnaie courante dans les grandes entreprises.

Boiron a aussi innové avec une trentaine d'accords d'entreprise signés dès les années 1980 et toujours en vigueur, offrant par exemple à ses salariés des aides financières pour mener des projets personnels, l'individualisation du temps de travail ou encore une préparation à la retraite.

Une bienveillance toutefois intéressée: Christian Boiron voyait aussi dans ces mesures un moyen de faire accepter plus de flexibilité et un engagement sans faille de ses salariés. 

Il a aussi été adjoint au maire de Lyon Michel Noir (RPR) de 1989 à 1991, tout en cultivant autant d'amitiés à droite qu'à gauche.

- "Tombé dans les granules" étant petit -

En 2016, cet homme à l'air bonhomme et décontracté, s'affichant volontiers en pull et chaussé d'une paire de Crocs, répondait encore d'un "non" tranchant quand l'AFP lui demandait s'il comptait raccrocher prochainement.

"Jamais, je n'ai eu autant de certitudes" sur l'utilité de l'homéopathie, avait-il alors également confié, tout en reconnaissant le paradoxe d'une médecine "dont on ne peut pas comprendre le mécanisme d'action".

Boiron est l'un des leaders mondiaux de l'homéopathie, avec un chiffre d'affaires annuel de plus de 600 millions d'euros et une présence internationale, en Europe, aux Etats-Unis et dans des marchés émergents, pour un total de plus de 3.700 salariés dans le monde (dont plus de 2.500 en France).

Mais le groupe réalise encore plus de 60% de son chiffre d'affaires en France, où de nombreux produits homéopathiques sont partiellement remboursés par l'assurance-maladie, à l'inverse de la plupart des autres pays, et ce en dépit de l'absence d'une efficacité indiscutablement démontrée scientifiquement.

Or ce débat sur l'efficacité de l'homéopathie, aussi ancien que cette médecine alternative elle-même, a vivement rejailli en France depuis la publication au printemps dernier d'une tribune au vitriol contre cette discipline dans Le Figaro, signée par une centaine de médecins.

Désormais le gouvernement n'exclut plus de dérembourser ces produits si leur efficacité s'avérait non fondée scientifiquement: fin août, le ministère de la Santé a mandaté la Haute autorité de santé (HAS) pour mener cette évaluation, et son avis est attendu fin février.

Cette polémique "ne change pas un gramme des granules que nous pouvons vendre ou ne pas vendre", avait tenté de minimiser Christian Boiron en mai dernier dans un entretien au Monde.

Cependant, les derniers résultats semestriels de Boiron ne sont pas bons, avec des ventes stagnantes voire désormais en déclin, et notamment en France.

Ironie de l'histoire: dans son livre paru en 2016, Christian Boiron se disait "plus tolérant vis-à-vis des +anti+ homéopathie que vis-à-vis des +pro+ fanatiques".

"Si je n'étais pas +tombé dans les granules+ à ma naissance (...), je serais probablement parmi les +anti+", avait-il ajouté, se considérant lui-même "fondamentalement comme un chercheur, un curieux, un sceptique".


AFP