Vous êtes ici

03-09-2018 par Midi Madagasikara

Lors des audits du Fonds Monétaire International (FMI), l’Etat Malagasy a affirmé avoir tout payé. Des prestataires témoignent pourtant de l’existence de services faits non payés, d’un total de plus de six milliards Ariary.


Copyright Image : © Midi Madagasikara

Une bonne performance dans l’exécution du Programme économique appuyé par la FEC (Facilité Elargie de Crédit) du FMI. C’est l’une des rares appréciations favorables à l’image du régime actuel. A la veille de l’élection présidentielle, cette bonne note est cependant remise en cause par les prestataires de l’Administration publique, qui affirment être victimes d’engagements non tenus et d’impayés de l’Etat. « Des prestataires proches du régime ont été payés en espèce. De notre côté, nous sommes victimes de manœuvres dilatoires. Des prestations effectuées sont toujours en souffrance de paiement. Elles concernent, entre autres, le transport, la restauration, les prestations intellectuelles, etc. Rien que pour le Sommet de la Francophonie, on compte 36 prestataires impayés.  Et pourtant il y a encore la CJSOI », ont témoigné ces prestataires, qui indiquent des impayés d’un total de six milliards d’Ariary, rien que pour le Sommet de la Francophonie.

Scandale. Alors que ces opérateurs économiques sont au bord de la faillite – sans compter les harcèlements de leurs propres fournisseurs et banquiers – l’Etat ne cesse de formuler des promesses non tenues et émet des pièces non valables, selon les témoignages. D’après leurs propos, cette manœuvre des dirigeants malgaches a été récemment découverte par les représentants des organisations internationales, partenaires techniques et financiers de Madagascar pour le développement. « Malgré ces impayés martelés par les créanciers mis à mal, l’Etat Malagasy a déclaré avoir tout payé, lors des différents audits, à l’exemple de celui du FMI. Et pourtant, des chèques sans provisions ont été émis en règlement de la Société d’Etat TAFITA, dans le cadre de l’organisation de la CJSOI en 2016. Pour les autres arriérés, une note du Ministère des Finances et du Budget, en fin 2017, avisait les prestataires d’un paiement échelonné à compter de 2018. Il n’en est rien, les paiements étant de nouveau repoussés en 2019. Le 10 août dernier, un prestataire de transport du Sommet de la Francophonie a fait parvenir un courrier de mise en demeure auprès de la Présidence, reçu par le Président en séance avec d’autres autorités. Le courrier était également adressé en copie à Michaëlle JEAN, secrétaire générale de la Francophonie, Malick SARR, représentant permanent de l’OIF à Madagascar, Vouland-Aneini,  ambassadeur de France à Madagascar, Christine LAGARDE, DG du FMI et Coralie Gevers, country-manager de la Banque Mondiale à Madagascar. Une réaction immédiate du Cabinet de la Présidence s’en est suivie, s’engageant à un règlement rapide. Mais il n’en est toujours rien jusqu’à aujourd’hui », indiquent les prestataires impayés.

Délicat. Ces opérateurs économiques craignent un refus de paiement, si de nouveaux dirigeants arrivent après l’élection présidentielle. « Compte tenu de la continuité de l’Etat, qui fait cruellement défaut à tous les dirigeants qui se sont succédé, le prochain occupant d’Iavoloha ne manquera pas de rediriger dédaigneusement les prestataires impayés de la CJSOI et du XVIe Sommet de la Francophonie vers le régime Rajaonarimampianina. Le risque de perte définitive est grand », ont-ils évoqué. Bref, si l’on se réfère aux informations présentées par les prestataires, l’enveloppe prévue pour l’organisation de ces deux événements internationaux est désormais vide. L’Etat devrait-il donc trouver d’autres fonds pour payer ces prestataires ? Dans tous les cas, comme les représentants des partenaires de développement de la Grande Ile ont été mis au courant par les prestataires, la Présidence de la République s’est engagée elle-même pour régler le problème dans un bref délai. Il reste à savoir combien de temps les techniciens prendront pour faire la gymnastique financière.

Antsa R.