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Hariri à Paris, une occasion de régler les comptes pour des ex-salariés de son groupe
(17-11-2017) - Le Premier ministre libanais démissionnaire Saad Hariri, qui sera reçu samedi à Paris par Emmanuel Macron, risque d'être confronté au dossier épineux des 240 ex-employés français de Saudi Oger, son groupe de BTP aujourd'hui en faillite, qui réclament à l'homme d'affaires près de 20 millions d'euros d'impayés.
Un chantier de tours en cours de construction le 9 mars 2016 dans le quartier des affaires de Ryad, en Arabie saoudite, dont certaines sont construites par le géant saoudien du BTP Saudi Oger
Un chantier de tours en cours de construction le 9 mars 2016 dans le quartier des affaires de Ryad, en Arabie saoudite, dont certaines sont construites par le géant saoudien du BTP Saudi Oger
© AFP

C'est depuis l'Arabie Saoudite que le chef du gouvernement libanais avait annoncé sa démission début novembre. C'est aussi en Arabie Saoudite qu'il a bâti sa fortune, héritant en 1994 du géant du BTP Saudi Oger, fondé dans les années 1970 par son père Rafic Hariri, milliardaire ancien Premier ministre libanais assassiné en 2005.

Las, à compter de la mi-2015, cette entreprise florissante, engagée dans d'innombrables chantiers, a été frappée de plein fouet par la chute des cours du pétrole, qui a mis un coup d'arrêt à la frénésie immobilière du royaume.

Très vite, le groupe, surendetté et à la gestion hasardeuse, se voit couper le robinet du crédit. Avec pour conséquence qu'il ne peut plus payer ses quelque 50.000 salariés, issus de 30 nationalités différentes.

Parmi eux, 240 expatriés et détachés français. Brutalement privés de leur paie, certains se retrouvent bientôt avec des dettes de loyer ou d'écoles sur les bras et sous le coup d'une interdiction de quitter l'Arabie tant qu'ils n'ont pas soldé leurs comptes.

"Quand j'ai compris la situation, j'ai emprunté de l'argent à des amis et je suis parti en urgence. Je ne voulais pas être bloqué là-bas et ne pas revoir ma famille pendant un an", témoigne un ingénieur français qui a souhaité gardé l'anonymat pour des raisons de sécurité.

-"comme des chiens"-

"Et encore, nous, les Français, on est bien lotis par rapport à nos collègues indiens, philippins, pakistanais, sénégalais, portugais, espagnols, marocains : eux ont été considérés comme des chiens", ajoute cet homme de 62 ans, expatrié depuis 2009 à Ryad.

Il raconte que dans les "bases vie" où étaient logés les ouvriers, il n'y avait "plus d'eau, plus d'électricité, les toilettes n'étaient pas vidangées" et Saudi Oger ne fournissait plus à manger. L?État saoudien a dû se substituer à l'employeur défaillant tandis que les ambassades se sont activées pour aider et rapatrier leurs ressortissants, dont certains se sont suicidés.

Pour cet ingénieur, dès lors que les "Français vont prendre en charge (la) sécurité (de l'ex-Premier ministre), on est en droit de mettre cela sur la place publique".

Saad Hariri, le 14 février 2016 à Beyrouth, au Liban
Saad Hariri, le 14 février 2016 à Beyrouth, au Liban
© AFP

"Je trouve délirant qu'on déroule le tapis rouge à Saad Hariri sans exiger de lui au préalable qu'il paie immédiatement les millions qu'il doit aux salariés français, sachant qu'à titre personnel lui et sa famille sont assis sur des fortunes colossales", s'insurge Me Caroline Wassermann, qui défend les intérêts de quelque 75 ex-employés français.

Avec son confrère Jean-Luc Tissot, l'avocate a engagé une action devant les prud'hommes de Seine-Saint-Denis, où se trouve le siège d'Oger international, filiale de Saudi Oger.

Au total, selon leurs calculs, le groupe dont M. Hariri est l'actionnaire majoritaire doit près de 15 millions d'euros d'arriérés de salaires, mais aussi 5 millions d'euros aux organismes de retraite complémentaires (Axa, Pro-BTP), à la caisse des Français de l'étranger ou encore à Pôle Emploi.

Les salariés ont saisi les prud'hommes et réclament individuellement de 30.000 à 150.000 euros d'indemnités
Les salariés ont saisi les prud'hommes et réclament individuellement de 30.000 à 150.000 euros d'indemnités
© AFP

"Quand je suis parti, j'avais quatre mois de salaire de retard et trois trimestre de retraite en moins car ils se sont permis de retirer de nos salaires les cotisations salariales, mais ne les ont jamais reversées aux caisses", témoigne l'ingénieur, qui réclame 30.000 euros à son ancien employeur.

Lors de sa visite à Paris le 1er septembre, celui qui était encore Premier ministre s'était pourtant engagé auprès du président Emmanuel Macron à "résoudre le problème". Mais, depuis, pas un centime n'est rentré dans la poche des anciens employés français, déplore Caroline Wassermann.



© AFP
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