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08-06-2017 par No comment

(08-06-2017) - Son premier recueil « Les aventures de Philou et Mimimaki » a été présenté en janvier dernier lors du 44e Festival de la bande dessinée d’Angoulême. Farahaingo y met en scène un lémurien, plus précisément un « sifaka », qui se croit tout permis car il est protégé par les organisations internationales. Histoire vécue ?


Comment est venue l’idée de mettre en scène un lémurien ?
Disons que je suis un peu jaloux du bonheur des lémuriens, de l’importance qu’on leur porte. Ils sont plus heureux que les Malgaches. Les touristes, quand ils viennent ici, ce n’est pas pour les Malgaches mais pour voir les lémuriens ! Il y a des Malgaches qui meurent de faim, de froid… alors que les lémuriens sont protégés. Il y a peu, un animal endémique a été blessé, un ankoay, on a aussitôt envoyé un avion pour l’évacuer. Mais j’essaie d’aller plus loin dans cette logique. Je me dis que si le lémurien est aussi puissant et intouchable, il peut devenir un héros et un porte-parole pour tous les Malgaches. Je trouve qu’en ce moment les Malgaches ont besoin d’un héros, une sorte de justicier masqué.

D’où le personnage de Philou ?
Contrairement aux Malgaches qui ne disent pas franchement les choses, Philou n’a pas sa langue dans sa poche. Il est philosophe et prétentieux, il sait surtout qu’il est intouchable, car en tant qu’animal endémique, il est protégé par les organisations internationales chargées de la préservation des espèces menacées ou en voie d’extinction. S’il est respecté par ses concitoyens pour ce qu’il représente, il est aussi détesté puisque c’est un emmerdeur de première, toujours prêt à critiquer les autres. Dans l’histoire, je dénonce mais je ne donne pas de solutions. Je raconte ses aventures dans un style humoristique avec des textes incisifs et ironiques. J’ai travaillé le scénario avec Calinosophe. L’histoire et les dessins sont de moi, mais j’avais besoin de ses idées.

La bande dessinée, une vocation ?
Je dirais que oui ! J’ai toujours voulu faire de la bédé, depuis que j’ai vu un copain de classe recopier les dessins de Superman qui se trouvaient dans les revues de sa mère. Je trouvais ça intéressant ! C’était dans les années 80. Les bandes dessinées malgaches comme Akim m’ont aussi influencé. Plus tard, je me suis rendu compte que je pouvais gagner de l’argent grâce aux dessins. Comme il n’y avait pas d’éditeurs à Madagascar, il fallait trouver autre chose. En 1997, j’ai donc dessiné des t-shirts pour Baobab Compagnie, ce qui ne m’a pas déplu, et depuis 2003 je collabore avec Maki Compagnie. Mais c’est la rencontre avec Jean-Luc Schneider des éditions Des Bulles dans l’Océan qui m’a permis de sortir ce premier travail.

Penses-tu qu’il y a un avenir pour le Neuvième Art à Madagascar ?
Bien sûr ! Mais il y a encore un manque de personnalités et d’idées. On est trop pressés de recopier les scénarios vidéo qu’on voit partout. De plus, les bédéistes de l’ancienne génération reprochent aux jeunes de se ruer vers le style manga, en oubliant le reste. Mais il ne faut pas leur en vouloir ; à Madagascar il n’y a pas d’écoles de bédé, c’est donc aux aînés de partager leurs expériences au lieu de critiquer. Comme je me place entre ces deux générations, ni trop vieux, ni trop jeune, je peux être un coach.


Propos recueillis par #AinaZoRaberanto


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