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24-02-2021 par L'Express de Madagascar

L’ambassadeur du Japon a réussi la prouesse de rassembler à un même événement des décideurs étatiques et Marc Ravalomanana, une des principales figures de l’opposition. Une première depuis que la conjoncture politique s’est crispée.


Copyright Image : L'Express de Madagascar


Cordial. Ce mot pour­rait résumer le comportement des uns et des autres, durant la réception à l’occasion du 61e anniversaire Naruhito, empereur du Japon, à la résidence de l’ambassadeur du pays du soleil levant, à Ivandry, hier.
Dans les rangs des invités figurait Marc Ravalo­manana, ancien président de la République, et président national du parti d’opposition « Tiako i Mada­ga-sikara » (TIM). Celui qui est également le chef de file de la plateforme d’opposition RMDM se trouvait au milieu d’un parterre de diplomates, d’opérateurs économiques, mais surtout de hauts responsables étatiques et des chefs d’institution.

Dix-sept ministres ont répondu à l’invitation de l’ambassadeur Higuchi Yoshihiro, ambassadeur du Japon. Aux membres du gouvernement s’ajoutent des directeurs à la présidence de la République dont, Lova Ranoromaro, directrice de cabinet civil du chef de l’État.

Même Christine Razana­- mahasoa, présidente de l’Assemblée nationale, a été de la partie. La cérémonie d’hier est la première sortie commune entre les décideurs étatiques et le boss du TIM. Une première depuis que la conjoncture politique s’est électrisée avec le lancement du mouvement « Miaramanonja », par l’opposition. Les députés du parti TIM, justement, sont les principaux leaders de cette initiative politique qui, un temps, a misé sur les interventions médiatiques pour se faire entendre. Faire un appel du pied au corps diplomatique après le revers de l’échec de la manifestation publique voulue par l’opposition, samedi, pourrait être la raison de la présence de Marc Ravalomanana, hier. Quoi qu’il en soit, la courtoisie qui a prévalu durant l’événement est à souligner. Encourageante Depuis le début de l’année, le pouvoir et l’opposition sont à couteaux tirés. Fait prévisible, il n’y a pas eu d’effusion de sympathie entre Marc Ravalomanana et les cadors du pouvoir. La bienséance a, toutefois, été de mise. Chaque partie a fait la part des choses.

Dans les énoncés protocolaires en entrée en matière de son allocution, Djacoba Tehindrazanarivelo, ministre des Affaires étrangères, a même salué, particulièrement, Marc Ravalomanana, en tant qu’ancien chef d’État.
« Nous sommes malgaches, nous respectons les ray aman-dreny [ainés]. Ce n’est pas un acte tabou. Il y a d’une part la politique, mais il y a aussi, d’autre part les valeurs qui font que nous sommes malgaches », explique le chef de la diplomatie, en réponse à la presse sur le sujet. Après les cascades d’attaques et de contre attaques par médias interposés entre ces derniers jours, tout rapprochement semble, cependant, peu probable entre les deux camps. Les leaders du « Miara-manonja », réitèrent leur refus de dialoguer avec le pouvoir.

Durant une déclaration à la presse, hier, les membres du RMDM durcissent le ton. Ils affirment que le mouvement de l’opposition se mue en « lutte », contre une tendance autoritaire du pouvoir. Le scénario à la cérémonie d’hier, à la résidence du Japon, indique toutefois, que lorsque les circonstances l’imposent, les acteurs politiques peuvent faire preuve de cordialité d’usage.

La société civile justement a appelé ces derniers au dialogue pour éviter que la tension politique actuelle ne débouche sur une nouvelle crise, hier. Même attente de la part du Conseil œcuménique des églises chrétiennes de Madagascar (FFKM). Les sources au sein de l’église rappellent systématiquement l’épisode de la manifestation initiée par les soixante-treize députés, en 2018, pour dire que lorsqu’il y a un intérêt commun, les extrêmes politiques peuvent bien trouver un terrain d’entente.

À Ivandry, hier, Marc Ravalomanana s’est discrètement éclipsé, une fois l’ouverture officielle de la céré­monie terminée et n’a pas pris part au déjeuner avec les autres invités. Ce qui pourrait indiquer qu’il y a encore certains ressentiments. Seulement, la courtoisie d’hier est déjà encourageante pour ceux qui souhaitent un apaisement de la situation politique.