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28-03-2019 par L'Express de Madagascar

La politique sociale de facilitation d’accès à la denrée nationale ne fait pas toujours l’unanimité. Des riziculteurs avancent d’autres propositions.


Copyright Image : L'Express de Madagascar

 


Valorisation. « Nous ne sommes pas contre les Vary mora mais en parallèle, d’autres alternatives d’amélioration de la production locale doivent être considérées »,  expliquent des riziculteurs d’Anjozorobe, un des berceaux producteurs de riz du pays. Quelques 1 750 000 tonnes de riz, locaux et importés circulent effectivement dans le pays en une année. Les 16 500 tonnes de « Vary mora » ou riz à prix réduit ne devraient pas impacter sur le flux national. Mais d’après les riziculteurs, les 16 500 tonnes de Vary mora devraient s’écouler en deux mois au niveau des grands centres de consommation tels que Antana­narivo, Toliara, Toamasina etc, et période durant laquelle 250 000 tonnes de riz locaux et importés sont également répartis.

Les localités plus consom­matrices représentent à peu près 30% du flux commercial, mais avec la politique d’accès au riz à prix réduit, menée par l’État actuellement, ces grands centres de distribution  représentent ainsi 20% du flux. « Cela produit de l’effet sur la psychologie des riziculteurs. Ils ne gagnent que 100 ariary par kilo au maximum avec le prix de vente moyen de 1300 ariary. Le flux dans les localités consommatrices sera accaparé par les Vary mora, vendu à 1000 ariary le kilo », explique pour sa part, Juslain Rahari­naivo, ingénieur agronome, très connu pour son système de repiquage par germoir biologique.

Il remet sur le tapis le fait que le rendement à l’ha est minime avec les 1,5-2 tonnes. On obtient quelque 1 250 000 tonnes avec les grandes plaines telles qu’Ambatondrazaka, Maro­voay, Fenoarivobe, ou encore Bealanana.

Le pays est obligé d’importer 500 000 tonnes en moyenne. « La clé se trouve ainsi dans ces plaines car le nombre de consommateurs augmente alors que les plaines non, et ne s’améliorent pas non plus », propose l’ingénieur. « Une meilleure gestion de l’eau, du soleil, de la qualité du sol, du changement climatique s’impose dans ces grandes plaines productrices qui assurent le tiers du riz commercial dans le pays », ajoute-t-il. Maharo Ratefivony, un autre riziculteur, suggère, quant à lui, les cultures en terrasse, très prisées par le pays Betsileo par exemple. Les chiffres de la FAO rapportent  que la surface rizicole représentait 1 300 000 ha en 2008, il n’y avait plus que 750 000 ha en 2017.

Les rizières en terrasse s’annoncent ainsi comme des alternatives intéres­santes. Ces représentants du monde de la riziculture insistent sur le fait que les techniques culturales doivent changer pour atteindre une quelconque autosuffisance en riz. « Si on commence les cultures en terrasse maintenant, nous n’aurons de bons résultats qu’en 2023, et ne serons capables d’exporter qu’en 2028 », martèle Juslain Raharinaivo. Le développement de ce produit stratégique, qu’est le riz doit, par ailleurs, être mené par l’État afin d’éviter qu’il ne devienne que du grand « business ».