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La guerilla des hashtags, l'autre campagne présidentielle
19-03-2017 / 16:46
C'est une guérilla virtuelle et sans répit, échafaudée dans les QG des candidats ou sur de discrets forums, des combats d'usure aux éphémères victoires: les salves massives de messages sur Twitter et Facebook pour ou contre un candidat.
Matériel de campagne de l'ancien candidat à la primaire de la droite, Alain Juppé, le 4 juillet 2015 à Suresnes
Matériel de campagne de l'ancien candidat à la primaire de la droite, Alain Juppé, le 4 juillet 2015 à Suresnes
© AFP

Sur les réseaux sociaux, l'arme commune est le hashtag, ces phrases chocs collées en un seul mot servant de cri de ralliement.

Deux techniques pour y répliquer : lancer un "contre-hashtag" plus accrocheur, ou, mieux encore, "troller" celui de l'opposant avec des messages contraires mais accompagné du même hashtag, pour lui ôter son pouvoir de nuisance.

Des exemples ? Fin mars, face au #Penelopegate, les fillonistes ripostent avec #StopChasseàlhomme et font circuler le mot-clé par leurs troupes. En octobre, au soir du premier débat de la primaire de droite, ils avaient lancé #FillonGagnant, qui a aidé à ancrer l'idée que leur candidat dominait.

Les Républicains s'appuient sur une "eForce", un fichier d'environ 5.000 sympathisants actifs sur les réseaux, de quoi permettre à une vidéo d'être vue plus de 200.000 fois, selon leur responsable numérique Gautier Guignard.

"A chaque nouvel événement est créé un hashtag, comme #Touchepasàmonvote, juste avant le meeting du Trocadéro. Cela donne un nom de code simple, qui peut apparaître sur les trending topics (hashtags les plus cités), une liste vue par tous", note-t-il.

Avec ou sans l'appui des QG, certains internautes organisent eux-mêmes des attaques.

Des fillonistes animent ainsi "Ridicule TV", dont les vidéos virales visent le candidat d'En Marche!, a révélé Buzzfeed.

Extrêmement mobilisés sur les "salons virtuels" du réseau de chat Discord, des milliers d'"Insoumis" partisans de Jean-Luc Mélenchon ont préparé le grand rassemblement du 18 mars à Paris, appuyé par le hashtag #JaiBastille.

- 'Macron en Satan' -

C'est aussi sur Discord que des soutiens du FN s'organisent pour des raids hebdomadaires sur Twitter, ou pour créer, selon Buzzfeed, de faux profils Facebook "dans l'idéal des jeunes, des filles mignonnes, des gays, des juifs, en gros tous les gens qui ne sont pas censés être pro"-FN pour publier des commentaires.

Bien avant que LR ne tweete la caricature antisémite d'Emmanuel Macron, des militants d'extrême-droite avaient lancé en février la campagne de dénigrement #LeVraiMacron, relayée par les fillonistes.

"Il y a eu 4.000 messages avec ce hashtag le 28 février, afin de perturber la présentation de notre programme deux jours plus tard", raconte Mounir Mahjoubi, responsable numérique d'En Marche!, ex-artisan de la "Ségosphère" de Ségolène Royal en 2007. "Pendant l'attaque, quand on tapait Macron sur Twitter on n'avait que des contenus horribles, des photos de Macron en Satan, des tweets racistes, homophobes, antisémites...", poursuit-il.

En riposte, En Marche! a mobilisé ses adhérents pour reprendre le hashtag #LeVraiMacron avec des messages positifs. "Mais on se dit parfois à quoi bon nous mobiliser pour ces guerres de quelques heures", se désole-t-il.

Chez Benoît Hamon, on organise aussi des "riposte party" pour contrer les attaques, explique son responsable numérique Nicolas Askevis. Pour lui, "l'irruption des réseaux et la capacité des gens à s'emparer des idées et jouer avec, c'est la vraie nouveauté de la campagne 2017". "L'impact est beaucoup plus large qu'un meeting", estime-t-il.

Le FN compte sur le million d'"amis" de Marine Le Pen sur Facebook : comme l'expliquait il y a un an à L'Obs David Rachline, son directeur de campagne, "lorsqu'un de nos fans partage sur sa page personnelle un de nos communiqués, ses proches, qui ne sont pas forcément FN, voient notre explication. On entre chez les gens, on touche la masse".

"Les réseaux vous ramènent toujours à ne parler qu?à votre audience et ne permettent pas de conquérir des voix", nuance cependant Thierry Herrant, expert du cabinet Equancy. "Le vrai enjeu est de créer une dynamique sur des sujets de conviction : pour cela les meetings et les grands rendez-vous télé auront le plus d'impact".

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