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14-04-2021 par Midi Madagasikara

Entre les distinctions honorifiques nationales, les innombrables prix internationaux, les grades et le respect mérité de ses contemporains, Joseph Ramanankamonjy était un homme de la vie. Il étreignait de la plus romanesque des manières.


Copyright Image : © Midi Madagasikara

 

Fils de Jean Baptiste Ramiaramanana et d’Elizabeth Razanamasy, Joseph Ramanankamonjy (1898–1984) a été perçu dès son jeune âge comme un génie précoce. Un peintre de la colonisation et de l’après-colonisation. Voilà pourquoi, durant sa carrière, il se serait tourné vers le portrait. Dont il est devenu un maître incontesté, où il peignait plusieurs visages de malgaches. De toutes les conditions, de tous les âges… comme s’il voulait retrouver les traits, le regard, l’âme du malgache perdu depuis dans les affres de la domination presque fasciste de la France.

 

Les témoignages racontent de lui comme un personnage original depuis sa maison au décor singulier à Anjohy, sur les hauteurs de la capitale, surnommée « Fialovantsoa ». Pour lui, même s’il n’a jamais eu d’enfant avec sa femme Marie–Jeanne Razaiarivony, la famille se trouve au centre de leur monde. Du coup, le couple a décidé d’élever des nièces et des neveux orphelins. Les murs de « Fialovantsoa » étaient peints plusieurs fois par mois. Il faut admettre qu’avec le génie, le quartier ne reposait pas sur ses lauriers.

 

L’homme avait pour maître-mot l’élégance, surtout quand il s’agissait de recevoir des invités. « Il repassait lui-même ses habits, dont il en changeait deux fois par jour des fois ». Quand sa dévotion pour sa famille et ses travaux pour les toiles le permettaient, le peintre jouait au rugby. Il était dans un club d’ailleurs. Et selon les témoignages de l’époque, le personnage avait un talent reconnu pour ce sport. La vie de Ramanankamonjy ressemblait à celle d’un amoureux de la vie, il s’en délectait.

Après la famille, la peinture, le rugby, il avait aussi une autre passion : la musique. A son époque, le Fumaroli à Antaninarenina était un lieu où musique, nectar des dieux et bonnes mœurs festives étaient de bon ton. Comme d’autres grands noms de l’art malgache, le peintre aimait aussi s’y perdre pour écouter le piano et danser.

 

Joseph Ramanankamonjy a aussi été un prophète avant l’heure de l’art pictural malgache. Puisqu’il a été le premier « Street painter » malgache en utilisant les murs de la ville. Malgré quelques remontrances, il voulait vivre le détachement du dictat du support. Ce qui l’a confronté aux regards désapprobateurs des colons sur la « peinture malgache ». Les français sous–estimaient les compétences des peintres nationaux en voulant les formater avec leur vision de colon de l’art. Il a été ensuite le premier peintre à être membre effectif à l’Académie Nationale malgache en 1970. Décédé le 22 octobre 1984 à Anjohy, il a été enterré à Ambohimalaza.

 

Recueillis par Maminirina Rado