Vous êtes ici

23-09-2019 par AFP

RDC: les "vainqueurs" d'Ebola, des brigades de l'espoir sur le front de l'épidémie


Claude Mabowa, 21 ans, est un jeune diplômé parmi beaucoup d'autres en République démocratique du Congo, si ce n'est qu'il a surmonté une autre épreuve: Ebola.

Claude a été mis en avant par les équipes à l’œuvre contre le virus dans le Nord-Kivu (est) pour avoir passé son diplôme de fin d'études dans un Centre de traitement d'Ebola (CTE) à Beni.

L'ONG Alima, qui a géré le CTE de Beni pendant plusieurs mois, affirme qu'il a été testé positif après avoir perdu trois membres de sa famille, emportés par la fièvre hémorragique (une sœur, un frère, sa mère).

Sa renommée médiatique a dépassé les limites de Beni et même de la RDC. "Il y avait des gens qui s’approchaient de moi et les autres s’éloignent. Cela m’a aussi beaucoup dérangé mais pour le moment, les choses évoluent très bien dans la communauté", a raconté cette semaine le survivant-diplômé à la radio Top Congo de Kinshasa.

Claude fait partie du petit millier de survivants d'Ebola sur plus de 2.100 décès au total depuis la déclaration officielle de l'épidémie le 1er août 2018.

Autre survivant, Jeannot, 28 ans, assistant-commercial dans une charpenterie, est retourné au CTE, pour travailler aux côtés des patients. 

Aucun danger pour lui: les "vainqueurs" d'Ebola sont immunisés contre le virus (qui persiste dans leurs parties génitales pendant plusieurs mois).

Maurice, un médecin de 35 ans, a contracté le virus en soignant un patient dès juillet 2018 .

Survivant avec sa femme Espérance, 26 ans, Maurice a pris la tête d'une Association des survivants pour la riposte.

- Deux malédictions -

C'est l'autre utilité des "vainqueurs d'Ebola": ils sont envoyés au front contre cette partie de la population qui résiste avec violence aux messages de prévention.

Le 1er septembre à Beni, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres en personne a pris le temps de remettre des "diplômes" à quatre survivants, lors de sa visite du CTE de Mangina.

"Ceux qui viennent ici peuvent guérir. Il faut transmettre ce message à tout le monde. Ne cachez pas les symptômes. Venez", a-t-il insisté. 

Un message à destination d'une frange de la population qui considère les CTE comme des "mouroirs" aux mains d'ONG d'étrangères. Autre survivante, Jeanine Kibwana, 32 ans, mère de cinq enfants, admet avoir eu la peur de sa vie en arrivant au CTE, d'où deux patients sur trois en moyenne ne ressortent pas vivants.

Il s'agit de la dixième épidémie sur le sol congolais depuis 1976, sans doute la plus difficile à combattre vu le contexte sécuritaire.

Vianney Kambale, porte les stigmates des deux malédictions qui frappent la région depuis octobre 2014.

Il a fui vers Beni-ville après que ses voisins ont été massacrés en brousse dans une attaque attribuée à la milice d'origine ougandaise ADF. Des rebelles qui ont tué des centaines de civils depuis octobre 2014.

Vianney a contracté la maladie peu après son arrivée à Beni. Il travaille maintenant auprès des patients, au CTE qui lui a sauvé la vie.

Au 17 septembre, 960 personnes ont été déclarées guéries d'Ebola sur 2.098 décès, selon le ministère congolais de la Santé.


AFP