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16-05-2020 par L'Express de Madagascar

Affirmant avoir diligenté une investigation interne, l’IPM plaide qu’il n’y a pas de faille dans le processus d’analyse. L’Institut avance qu’une contamination des échantillons aurait pu impacter les résultats des tests.


Copyright Image : L'Express de Madagascar


Quand on engage la responsabilité d’un processus, tous les maillons de cette chaîne doivent prendre leur part de responsabilité. Ces mots sont ceux du professeur André Spiegel, directeur de l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM). Durant une conférence de presse hier, les responsables et l’équi­pe de l’unité virologie de l’IPM ont fait corps pour défendre la compétence de l’Institut et la fiabilité de son protocole de dépistage du coronavirus.

Cette levée de bouclier concerne l’affaire des soixante-sept cas positifs que l’Exécutif qualifie de « résultats erronés ». Ce chiffre découle des tests effectués le 4 et 5 mai, publiés le 7 mai. Prenant le relais de son directeur, le docteur Jean-Michel Héraud, chef de l’unité virologie de l’IPM déclare « (…) si tort il y a, nous penchons pour un tort partagé à tous les niveaux, jusqu’à ce qu’on nous prouve le contraire ».
« Une investigation interne », a été déclenchée dès le 7 mai, à l’initiative de l’IPM, alors qu’aucun échange avec les autorités n’a encore eu lieu affirme le professeur Spiegel. Il table qu’elle « n’a démontré aucune défaillance dans les processus d’analyses effectuées à l’IPM ». Son directeur insiste aussi, sur le fait que l’Institut n’est pas responsable des phases pré-analytiques. C’est-à-dire de l’étape du prélèvement des échantillons à tester.

« La qualité des prélèvements conditionne les résultats », souligne le docteur Héraud. Aussi, l’investigation interne de l’IPM aurait mené sur la piste d’une contamination des échantillons prélevés ou traités concomitamment, par celui d’un patient présentant « une charge virale exceptionnellement élevée ». Une hypothèse qui aurait été confirmée par des experts internationaux.

Le virologue indique qu’« on a effectivement constaté qu’à l’arrivée groupée dans une glacière, tous les prélèvements étaient positifs ». L’échantillon avec la charge virale élevée se trouvait dans cette glacière ajoute-t-il. Alors que leurs explications semblent orienter vers d’éventuelles failles à la phase des prélèvements des échantillons, les responsables de l’IPM soutiennent pourtant qu’il n’est pas question de blâmer aucun maillon de la chaîne de dépistage. Qu’il est « impossible de définir exactement », où est la faille.

« C’est peut-être un concours de circonstance ayant altéré l’ensemble du processus. (…) ce sont des choses qui arrivent en biologie moléculaire », tempère le docteur Heraud. En face l’État cherche cependant, des coupables et a ouvert une enquête. Il estime que la publication des soixante-sept cas positifs le 7 mai, serait une manœuvre pour saper son image vis-à-vis de la population. L’Institut Pasteur affirme qu’il ne transmet les résultats de ces analyses qu’à la présidence de la République et au ministère de la Santé.

Dans la matinée du 7 mai, cependant, l’Organisation mondiale de santé (OMS), a publié initialement ce chiffre sur son site web, avant de se raviser dans l’après midi. Le Centre de commandement opérationnel Covid-19 (CCO-C), à la mi-journée, n’a rapporté en effet, que trente-cinq cas. Ayant eu des doutes face à ce soudain pic de contamination, le président de la République a requis des contre-tests pour les trente-deux autres.
À la demande du Premier ministre, le rapport d’une investigation interne remis par l’IPM, le 13 mai, est toutefois jugé « insatisfaisant ». Voahangy Rasolofo, directrice scientifique de l’Institut, indique que l’Institut est disposé à fournir de plus amples explications de vive voix si nécessaire. Ce pic aurait aussi, intrigué les scientifiques de l’IPM. La prise en charge rapide des patients et la prévention des contaminations communautaires l’ont convaincu à transmettre les résultats à l’État, le 6 mai.

Ce nombre élevé de cas positifs, aurait néanmoins, été signalé. Tout comme le fait que trente-deux tests ont été « vérifiés quatre fois avec trois tests différents ». En conclusion, le professeur Spiegel déclare, « nous avons ouvert notre laboratoire à deux de leurs experts et nous le rouvrirons s’il le faut. Dans la science, il faut être transparent ».