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Nationale

Nosy Be : une plongée scientifique inédite pour éclairer la protection des fonds marins malgaches

23/02/2026 08:54 © Moov.Mg

Une équipe de chercheurs belges vient de réaliser une série de plongées profondes jamais menées auparavant dans les eaux de Nosy Be. L’objectif est de mieux comprendre des écosystèmes encore inconnus afin d’aider Madagascar à anticiper leur protection avant qu’ils ne soient menacés.

Exploration à grande profondeur

Au large de Nosy Be, une équipe de biologistes marins de l’Université libre de Bruxelles et du Musée d'histoire naturelle de Tournai vient d’achever une expédition d’exploration sous-marine exceptionnelle baptisée « Nosy Be 100 ». Pendant plusieurs semaines, les scientifiques ont mené entre 50 et 60 plongées techniques, certaines atteignant près de 200 mètres de profondeur, une zone encore très peu étudiée à Madagascar. Pour Camille Moreau, biologiste marine et responsable scientifique de l’expédition, l’objectif était clair : explorer les écosystèmes dits « mésophotiques », situés entre 50 et 200 mètres sous la surface. Ces milieux, plongés dans une lumière faible comparable au crépuscule, restent largement méconnus car difficiles d’accès.

Chaque descente représentait un véritable défi technique. Les plongeurs passaient jusqu’à quatre heures sous l’eau pour seulement une quinzaine de minutes d’exploration effective à grande profondeur, le reste étant consacré à la décompression et à la sécurité. Le matériel nécessaire était considérable : équipements respiratoires lourds, blocs de secours multiples et propulseurs sous-marins pour se déplacer malgré le poids des installations.

Des écosystèmes anciens et intacts

Selon le technicien de plongée Kilian Bouillon, ces missions exigent « une condition physique irréprochable et une préparation minutieuse », tant les contraintes logistiques sont importantes dans un environnement aussi extrême. À ces profondeurs, les chercheurs ont découvert des paysages marins restés invisibles jusqu’ici. Lucas Terrana, spécialiste des coraux noirs travaillant à Madagascar depuis plus d’une décennie, parle d’une observation « tout à fait remarquable » : certaines colonies de coraux noirs mesuraient près de deux fois la taille d’un homme. Ces formations géantes témoignent d’écosystèmes anciens et intacts, dont l’état de santé reste à étudier plus en détail. Les scientifiques estiment que ces habitats pourraient jouer un rôle essentiel dans l’équilibre global des récifs, notamment en servant de refuge ou de source de larves pour les zones plus superficielles.

Au-delà de la performance scientifique, la mission poursuit un objectif stratégique : fournir aux autorités malgaches des connaissances fiables afin d’anticiper la protection de ces milieux encore largement préservés. Les chercheurs s’attachent ainsi à décrire la biodiversité observée à différentes profondeurs, en identifiant notamment d’éventuelles espèces nouvelles ou endémiques, tout en analysant l’organisation des communautés marines en fonction de paramètres comme la lumière, la température, la topographie ou la nature des fonds.

Protection de l’environnement

L’étude cherche également à mieux comprendre les liens écologiques entre les habitats profonds et les récifs plus superficiels, afin d’évaluer la nécessité d’intégrer ces zones aux futures aires marines protégées de Madagascar. Pour Bruno Danis, directeur du laboratoire de biologie marine de l’Université libre de Bruxelles, ces travaux constituent une base scientifique essentielle pour mettre en place des mesures de conservation préventives avant que ces écosystèmes ne soient affectés par le changement climatique ou les pressions humaines.

Madagascar possède l’une des biodiversités marines les plus riches de l’océan Indien, mais certaines zones profondes restent très peu documentées à l’échelle mondiale. Les écosystèmes mésophotiques pourraient représenter des réservoirs de vie essentiels à la résilience des récifs coralliens, aujourd’hui fragilisés dans de nombreuses régions. Le projet « Nosy Be 100 » entend ainsi faire de l’archipel un site pilote pour comprendre ces milieux et intégrer leur protection dans la planification environnementale nationale. Les chercheurs sont revenus avec une première série de données jugées précieuses, mais ils souhaitent déjà approfondir leurs travaux. Une nouvelle mission est programmée pour décembre 2026 afin d’élargir l’étude et consolider les connaissances acquises.

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