Avortement à Madagascar : jusqu’à 63 % des grossesses non désirées se terminent dans la clandestinité
Un rapport inédit publié le 24 mars 2026 met en lumière l’ampleur des avortements à risque à Madagascar. Entre insuffisance de contraception, violences de genre et défaillances du système de santé, la vie de nombreuses femmes et adolescentes reste menacée.
Des avortements pratiqués clandestinement
Près de 46 à 63 % des grossesses non désirées à Madagascar aboutissent à un avortement, selon une évaluation stratégique nationale publiée par le ministère de la Santé Publique, avec l’appui de l’UNFPA et de l’Organisation mondiale de la santé. Dans la grande majorité des cas, ces avortements sont pratiqués clandestinement, souvent dans des conditions à risque. Le rapport souligne que cette réalité constitue un important enjeu de santé publique, encore largement sous-estimé.
Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large où les grossesses non planifiées restent fréquentes, notamment en raison d’un accès limité aux services de planification familiale. Les conséquences de ces pratiques à risque se reflètent dans les indicateurs sanitaires. Le ratio de mortalité maternelle reste élevé, estimé à 445 décès pour 100 000 naissances vivantes dans les établissements de santé, selon les chiffres évoqués. Les adolescentes sont particulièrement exposées : les jeunes âgées de 15 à 19 ans représentent à elles seules 17 % des décès maternels.
Violences basées sur le genre
Le rapport met également en évidence un accès inégal à la contraception. Environ 27 % des femmes célibataires sexuellement actives n’ont pas accès aux méthodes contraceptifs souhaités, soit près du double des femmes mariées. Au-delà des aspects médicaux, l’évaluation pointe le rôle déterminant des violences basées sur le genre. Le refus du conjoint apparaît comme l’un des principaux obstacles à l’utilisation de la contraception. Ainsi, entre 80 et 90 % des femmes utilisatrices déclarent cacher leur recours à la planification familiale par crainte de violences ou d’abandon. Ces contraintes sociales limitent les choix des femmes et contribuent indirectement au recours à des avortements clandestins.
Le système de santé fait également face à des défis structurels importants. Des ruptures de stock de contraceptifs sont signalées dans plus de 80 % des structures sanitaires. Les soins après avortement, pourtant essentiels, restent insuffisamment accessibles ou de qualité inégale. Selon l’Organisation mondiale de la santé, ces soins devraient inclure la prise en charge des complications, le soutien psychologique et l’accès immédiat à la contraception.
Éducation complète à la sexualité
Face à l’ampleur du phénomène, un consensus inédit émerge parmi les professionnels de santé. Beaucoup plaident désormais pour une évolution du cadre légal afin d’autoriser l’avortement dans certaines situations spécifiques, comme les urgences médicales, les cas de viol ou d’inceste. Cette position s’inscrit dans les recommandations internationales, qui considèrent l’accès à des soins sécurisés comme un élément fondamental des droits en santé reproductive. Le rapport appelle à une transformation profonde des politiques publiques d’ici 2030. Parmi les priorités identifiées figurent la généralisation de l’éducation complète à la sexualité, l’amélioration de l’accès aux contraceptifs et la création de services adaptés aux jeunes.
L’implication des hommes dans la planification familiale et la lutte contre les violences basées sur le genre sont également jugées essentielles pour faire évoluer les normes sociales. Enfin, le renforcement du système de santé, notamment à travers la sécurisation des stocks et l’amélioration des soins après avortement, apparaît comme une condition indispensable pour réduire les décès maternels.
Menée dans 12 régions et 20 districts, cette étude s’appuie sur les témoignages de 241 acteurs et l’analyse de près de 50 000 admissions hospitalières.




