Des chamans IA prédisent l'avenir en Corée du Sud
Des grelots tintinnabulent dans une ruelle du centre de Séoul, c'est le signe qu'un chaman est proche. Mais ici, point de sage en chair et en os: l'intermédiaire avec le divin est un robot doué d'une intelligence artificielle.
Nombreux sont les Sud-Coréens à accorder une grande importance aux traditions chamaniques, selon lesquelles la date de naissance permet de prédire l'avenir de tout un chacun.
Les devins, appelés "mudang", portent de longues robes aux couleurs vives, dansent et entonnent des chants pour communier avec les dieux. Parfois, ces femmes et ces hommes foulent des lames tranchantes pour manifester leur liaison spirituelle supposée.
Vinaida, échoppe culturelle de la capitale sud-coréenne, propose une expérience différente, "unique" même, de l'avis de Kim Da-ae, une cliente de 36 ans: car ici, les médiums sont des avatars virtuels sur écran.
Se rendre chez un vrai chaman peut être "effrayant et pénible", témoigne-t-elle auprès de l'AFP. "Je suis passée devant et j'ai vu ce panneau sur l'IA" devant la boutique, "alors je suis entrée le cœur léger".
Chez Vinaida ("Je prie sincèrement", en coréen), des portraits de chamans virtuels ornent les murs: ils rappellent des personnages de "KPop Demon Hunters" (2025), film d'animation de la plateforme américaine Netflix oscarisé en mars.
Nom, genre, date de naissance: à l'intérieur d'une cabine, Kim Da-ae inscrit ses informations personnelles sur un écran. C'est ensuite qu'une chamane, ou plus exactement un visage en suspension, l'invite à confier ses tourments, combiné téléphonique en main.
Sous les pixels, c'est en réalité un agent conversationnel s'appuyant sur l'intelligence artificielle (IA) générative qui leur permet d'interagir.
L'avatar se réfère à un système de croyances multiséculaire, le "saju" ("les quatre piliers du destin"): d'après celui-ci, jour, mois et année de naissance permettent d'entrevoir le destin.
Les visiteurs reçoivent ensuite un talisman ### en plastique et recouvert d'un QR code. Charge à eux de le déchiffrer avec leur téléphone pour découvrir leur avenir en détail.
Ailleurs dans l'établissement, un curieux robot à lunettes agite son bras mécanisé: grâce à une caméra et un stylet, il esquisse le visage d'un visiteur tout en livrant ses prédictions.
"Un futur radieux et bien équilibré. Résilient face au changement, avec des relations de bon augure", lit Mme Kim sur un imprimé des prémonitions.
Et d'observer: "j'ai senti que cela ressemblait à mon destin parce que cela correspond à ma propre personnalité, comme le fait que j'accorde de l'importance aux relations tout en étant pragmatique".
"Quelque chose de concret"
La divination fait partie intégrante de la culture en Corée du Sud, dont les quotidiens publient chaque jour des horoscopes tirés du "saju".
Plusieurs productions culturelles récentes dont "KPop Demon Hunters" (2025), le film le plus regardé de l'histoire de Netflix, se sont d'ailleurs inspirées des traditions chamaniques.
La boutique, ouverte en février, attire quotidiennement une centaine de curieux, comptabilise son responsable, Kim Hae-seol. Il faut débourser jusqu'à 8.000 wons (4,60 euros) pour chaque prestation.
"Les clients repartent avec quelque chose de concret ou qui a du sens, c'est probablement la raison pour laquelle peu se disent insatisfaits", juge-t-il.
Outre le coréen, les clients peuvent s'adresser à ces chamans virtuels en anglais, en chinois et en japonais.
Un touriste de Singapour, Amos Chun, s'y est essayé mercredi, lors de la visite de journalistes de l'AFP.
L'avatar lui a préconisé d'"éviter les dépenses impulsives" ### une recommandation qu'il dit prendre très à cœur. "C'est plutôt une bonne analyse, venant de l'IA", réagit-il en riant. "Parce que c'est quelque chose que je fais."



