Corée du Sud: les employés de Samsung approuvent l'accord sur une méga-prime IA après l'envolée des profits
Les salariés du géant sud-coréen des puces mémoires Samsung Electronics ont largement approuvé mercredi un accord prévoyant, pour certains d'entre eux, une colossale prime annuelle liée aux profits de l'IA, au risque d'aviver les revendications dans d'autres branches de ce conglomérat et dans d'autres entreprises.
Samsung Electronics et sa confédération syndicale se sont entendus la semaine dernière in extremis pour éviter une grève générale de 18 jours, en concluant un compromis qui inclut un nouveau régime de primes pour les employés de la division des semi-conducteurs.
Les bonus annuels prévus équivaudront à 10,5% du bénéfice d'exploitation du département versés en actions, combiné à 1,5% supplémentaire en espèces.
De quoi assurer cette année à quelque 78.000 employés (sur 125.000 au total dans le pays) de recevoir environ 509 millions de wons (290.000 euros) chacun en moyenne, sur la base d'un bénéfice d'exploitation attendu par le marché à 331.000 milliards de wons. Les salaires de base seront eux augmentés en moyenne de 6,2%.
Lors d'un vote électronique entamé vendredi et achevé ce mercredi, une large majorité de quelque 73% des employés syndiqués (toutes divisions confondues) qui y ont participé ont approuvé l'accord.
Ce régime de primes, prévu sur une période de 10 ans et conditionné à d'ambitieux objectifs de performance, s'inscrit sur fond de boom mondial de l'intelligence artificielle (IA) qui a dopé l'activité de Samsung Electronics dans les puces mémoires, essentielles aux centres de données.
L'entreprise a vu son bénéfice d'exploitation du premier trimestre bondir d'environ 750% sur un an, tandis que sa capitalisation boursière a dépassé début mai 1.000 milliards de dollars après une envolée d'environ 500% du titre sur un an.
-Envolée boursière-
La perspective d'une grève avait avivé le débat sur la redistribution des gains de l'IA tout en alarmant sur son potentiel impact économique: Samsung Electronics génère 12,5% du PIB de la Corée du Sud et les puces mémoires représentent 35% des exportations du pays.
Témoin du poids du secteur: l'autre géant sud-coréen des puces mémoires, SK hynix, fournisseur du mastodonte américain Nvidia, voyait son action bondir de quelque 10% en cours d'échanges mercredi, dépassant lui aussi les 1.000 milliards de dollars de capitalisation.
Mi-mai, le secrétaire de la présidence sud-coréenne Kim Yong-beom avait évoqué un possible "dividende national" tiré des revenus de l'IA pour financer revenu de base ou pensions de retraite... avant d'être recadré par le gouvernement et de modérer sa position.
Pour les analystes, des bonus importants pourraient empêcher les talents sud-coréens de partir travailler à l'étranger.
Déjà l'an dernier, les employés de SK Hynix avaient perçu des primes plus de trois fois supérieures à celles alors versées chez Samsung, selon le syndicat de ce dernier.
Ces primes gonflent le statut social des ingénieurs de SK Hynix ou de Samsung: à telle enseigne qu'une simple veste arborant le logo SK Hynix a été brandie récemment sur les réseaux sociaux comme symbole de réussite, des parodies en faisant le sésame pour entrer dans les boutiques de luxe ou obtenir des rendez-vous galants.
-Contagion des revendications-
Mais le cas Samsung alimente aussi des revendications syndicales à travers le pays dans des secteurs variés, des biotechnologies à l'automobile, de l'informatique à la construction navale, exigeant qu'une part accrue des bénéfices soit allouée aux primes.
Au sein même de Samsung Electronics, l'accord entérine les écarts entre les salariés du département des puces, qui bénéficieront de primes colossales, et ceux des autres départements (écrans, téléphones, électronique) dont les bénéfices d'exploitation stagnent ou reculent, et qui obtiendront des primes très inférieures.
De quoi aviver des tensions internes: un syndicat minoritaire représentant des employés hors de la division puces a ainsi saisi un tribunal pour tenter de bloquer le vote sur le projet d'accord, estimant que celui-ci favorisait de manière disproportionnée la division des semi-conducteurs au détriment des autres.
Séparément, ce syndicat entendait saisir la justice pour confirmer l'invalidité du vote, selon l'agence Yonhap.
Par ailleurs, l'accord suscite le mécontentement des employés d'autres filiales moins en vue du conglomérat Samsung Group (Samsung Display, Samsung SDI et Samsung Electro-Mechanics, cotées séparément), qui perçoivent des bonus bien inférieurs et pourraient relancer leurs propres négociations salariales.
Les actionnaires grognent également: un collectif d'actionnaires individuels de Samsung Electronics s'oppose à un accord qu'il considère illégal faute de feu vert en assemblée générale et s'est dit la semaine dernière prêt à agir judiciairement pour le bloquer.




