Au Nigeria, le Musée National de Lagos devient "instagrammable"
"Vous pouvez les toucher délicatement", propose le guide aux visiteurs en désignant deux grandes défenses d’éléphant gravées datant du XVIe siècle, suspendues au plafond par des chaînes, à l'intérieur de l'une des galeries du Musée National de Lagos, capitale économique et culturelle du Nigeria.
Fraîchement réaménagée pour permettre aux visiteurs d'"interagir" avec certains objets exposés ainsi que pour les prendre en photo sans restriction, la galerie blanche du sol au plafond à l'éclairage tamisé a été pensée pour favoriser une expérience "immersive", explique à l'AFP Tinuke Odunfa, qui a piloté le relooking.
La galerie abrite l'une des collections les plus complètes du pays, avec des objets archéologiques et ethnographiques majeurs tels que les terres cuites Nok du Ve siècle, classés par ordre chronologique, chacun accompagné d’une brève note explicative.
Quelques pièces de l'exposition permanente, en particulier celles en bois et en métal, sont disposées de manière à ce que les visiteurs puissent les toucher et "les ressentir", abonde Olusegun Adeleye, 51 ans, responsable des expositions du musée.
"Cela me rappelle certains aspects des musées londoniens", réagit Joanna Lampejo, 38 ans, une Londonienne qui visite le Nigeria pour la première fois.
"British Museum, how far ?"
Entre humour et provocation, dans un coin de la galerie, trônent trois boîtes vides, simplement occupées par un petit drapeau nigérian et une inscription "British Museum, how far?" ("Que se passe-t-il" en pidgin nigérian).
Le message invective directement le British Museum, qui refuse de restituer au Nigeria les oeuvres pillées pendant la colonisation, contrairement à d'autres institutions d'art internationales et certaines anciennes puissances coloniales qui ont consenti à rendre un certain nombre de ces trésors.
Au Nigeria, ce sont principalement des bronzes du royaume du Bénin qui ont été restitués ces dernières années par des institutions allemandes, écossaises, néerlandaises et américaines, mais on estime que des centaines d'autres objets se trouvent encore en Europe et en Amérique.
Ces objets d'art et d'artisanat ont été pillés en 1897 par l'armée britannique lors d'une expédition punitive marquée par la mise à sac de l'actuelle Benin City, ancienne capitale du Royaume du Bénin et actuelle capitale de l'Etat d'Edo dans le sud du Nigeria.
"Cette rénovation montre que nous pouvons protéger et préserver nos objets nous-mêmes, nous n'avons pas besoin qu'un autre pays le fasse à notre place", affirme la conservatrice du musée, Nkechi Adedeji.
Réseaux sociaux
Depuis que la galerie rénovée a ouvert ses portes au public en avril, elle attire plus de visiteurs qu'auparavant, déclare Mme Adedeji, sans donner de chiffres.
Son nouveau look photogénique attire davantage d'écoliers et de jeunes adultes, les photos et les vidéos étant de plus en plus partagées en ligne sur les réseaux sociaux, ce qui en fait une destination populaire parmi les "créateurs de contenu" actifs sur Instagram et TikTok.
"Ils viennent ici, créent du contenu et, en un clin d'œil, c'est partout", commente la conservatrice, heureuse de pouvoir affirmer que désormais, "les jeunes affluent en masse".
"J'adore la façon dont les objets sont exposés", s'enthousiasme Oyin Isioye, une photographe de 25 ans qui visite le musée pour la première fois et a "appris beaucoup de choses...d'où viennent les objets, ce qu'ils représentent".
A travers le pays le plus peuplé d'Afrique, d'autres projets de rénovation des sites des musées nationaux sont envisagés, notamment pour accueillir le retour de nouvelles oeuvres pillées.
Mais les financements sont maigres et le gouvernement nigérian recherche des partenaires privés pour mener à bien le vaste chantier de résurrection de ses musées.




