Après Gezani, les déplacés retrouvent leurs foyers, mais pas encore leur vie d’avant
Six mois après le passage du cyclone tropical intense Gezani, le retour des personnes déplacées dans la région Atsinanana ne signifie pas pour autant un retour à une vie normale. Dans plusieurs localités, les familles regagnent des habitations fortement endommagées, voire détruites, et restent confrontées à des besoins essentiels en matière d’alimentation, de logement, d’eau potable et de santé.
Un retour massif, mais précaire
Le retour vers les foyers est largement engagé. Selon l’Évaluation multisectorielle des localités (MSLA) menée par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à travers la Matrice de suivi des déplacements (DTM), 83 % des personnes déplacées ont regagné leur domicile, soit environ 24 696 personnes représentant 6 864 ménages.
Mais ce retour s’effectue dans des conditions difficiles. Les dégâts provoqués par les vents violents et les inondations de Gezani continuent de peser sur les ménages. Dans certaines localités, une partie des familles vit encore sous des bâches de fortune ou dépend de l’hébergement fourni par des communautés d’accueil.
Des maisons toujours inhabitables
La situation de l’habitat figure parmi les principales préoccupations. À Ambodiriana, Ampasimadinika Manambolo et Antetezambaro, entre 18 % et 39 % des ménages sont totalement privés d’abri. À Ambodimanga, plus de 73 % des abris auraient été détruits de manière irréversible.
Même lorsque les maisons sont encore debout, les toitures, les sols et les structures en paille ou en tôle ont souvent subi d’importants dommages. Pour les populations revenues chez elles, reconstruire constitue donc une priorité, mais les moyens nécessaires font défaut. Les communautés interrogées placent d’ailleurs la sécurité alimentaire en tête des besoins (28 %), devant la réhabilitation des abris (22 %), l’aide monétaire directe (15 %) et l’accès à l’eau potable (13 %).
L’eau potable, autre urgence
Le retour expose également les populations à des risques sanitaires. Dans plusieurs localités, les habitants dépendent encore de puits traditionnels à ciel ouvert ou d’eaux de surface. Jusqu’à 67 % des sources évaluées présentent une eau trouble, colorée ou malodorante. Cette dégradation des infrastructures d’eau, d’hygiène et d’assainissement, associée au manque de latrines fonctionnelles, favorise la persistance de plusieurs maladies. La diarrhée arrive en tête des affections signalées, suivie notamment du paludisme, des fièvres et des maladies cutanées.
L’accès aux soins reste également compliqué. Dans certaines communes, jusqu’à la totalité de la population doit se déplacer hors de sa localité pour rejoindre un centre de santé. Le retour des enfants à l’école est constaté dans plusieurs communes, mais les difficultés d’accès persistent. À Ambodiriana, tous les élèves doivent notamment marcher plus d’une heure pour rejoindre leur établissement.
Une reconstruction encore loin d’être achevée
L’étude souligne enfin les capacités inégales des communautés à faire face aux prochaines catastrophes. Si 58 % des répondants à Toamasina II déclarent disposer de stratégies d’adaptation, cette proportion tombe à 22 % à Brickaville et à 17 % à Toamasina I.
Pour l’OIM et ses partenaires, l’enjeu dépasse ainsi le simple retour des déplacés. Il s’agit désormais de reconstruire des conditions de vie durables et de renforcer la résilience des communautés. La distribution de matériaux et de kits d’abris, la réhabilitation des points d’eau, les cliniques mobiles et le renforcement de la préparation aux catastrophes figurent parmi les priorités.




