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Médecine & Santé

Ménopause : quand la quête de solutions aux symptômes alimente un marché lucratif

15/10/2026 11:05 © Afp

Tests pour identifier la périménopause, compléments alimentaires contre les bouffées de chaleur, testostérone pour booster la libido : face à des insuffisances d'information ou d'accès aux soins, un marché lucratif s'est développé autour de la ménopause, malgré des bénéfices souvent incertains.

Longtemps circonscrite à la sphère privée, la ménopause est rentrée en France dans "la sphère publique, voire politique", constate Yveline Ansaldi, gynécologue médicale à l'hôpital privé Saint-Joseph à Paris.

Malgré cette "levée du tabou", les femmes "restent peu informées sur le sujet et on doit souvent reprendre toutes les bases en consultation", regrette-t-elle.

Les femmes se retrouvent "bien seules" face à "des informations contradictoires" et des professionnels qui souvent, "faute de formation, ne proposent pas de prise en charge", pointait en 2025 un rapport de Stéphanie Rist, alors députée macroniste.

Désormais ministre de la Santé, elle est à l'initiative des premières Assises de la ménopause, ce jeudi.

En France, la ménopause concerne plus de 17 millions de femmes de plus de 45 ans. Synonyme médicalement de fin de l'activité ovarienne et de l'arrêt des cycles menstruels, elle peut avoir plusieurs répercussions : symptômes invalidants, risque d'apparition de pathologies futures (ostéoporose, risques cardiovasculaires, cognitifs…).

Selon une étude auprès de 5.000 femmes de 50 à 65 ans au CHU de Toulouse, dévoilée en 2022, 87% de celles sans traitement ressentent au moins un symptôme de ménopause (bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, douleurs articulaires, troubles dépressifs, du sommeil, de concentration), avec parfois un impact important sur leur qualité de vie.

Ces dernières années, un nombre croissant de produits promettant aux femmes une aide pour traverser cette phase ont été commercialisés, souvent accueillis avec réserve par les professionnels de santé.

"Il y a des dentifrices pour la ménopause, des ventilateurs, des oreillers... tout un tas de produits qui, bien sûr, n'ont jamais été validés", a dénoncé le Pr Florence Trémollières, endocrinologue et gynécologue, lors d'un récent congrès de la société française d'endocrinologie.

-Phytoestrogènes-

Pour aider au diagnostic du passage à la ménopause, des laboratoires et entreprises proposent par exemple des tests ### sanguins ou urinaires ### analysant les taux d'hormones.

Ces tests sont "inutiles", car le taux d'hormone fluctue pendant cette période, ne permettant pas leur interprétation, affirme Anna Gosset, gynécologue médicale au centre spécialisé dans la prise en charge de la ménopause au CHU de Toulouse.

Des compléments alimentaires ### principalement à base de phytoestrogènes ### sont aussi régulièrement vantés contre plusieurs symptômes.

S'ils peuvent aider certaines femmes, "aucun n'a fait l'objet d'études d'un niveau de preuve suffisant confirmant leur efficacité", note le Dr Gosset.

Et les phytoestrogènes ne doivent pas être utilisés par les femmes ayant un antécédent de cancer hormono-dépendant, notamment du sein.

Autre tendance : la testostérone, présentée comme une hormone "miracle" contre les bouffées de chaleur ou la fatigue.

Aucune preuve solide ne démontre ces effets, ont conclu des experts internationaux, sauf en cas de trouble du désir sexuel hypoactif (TDSH).

"Beaucoup de femmes nous demandent de leur en prescrire, mais il n'existe pas de formulation de testostérone adaptée", précise le Dr Ansaldi.

Un surdosage peut entraîner des effets indésirables comme de l'acné, une augmentation de la pilosité, une chute de cheveux, et potentiellement des risques cardiovasculaires.

-"Manque de recherche"-

"Il existe un vrai marché lucratif. Beaucoup de femmes sont perdues, peuvent être tentées d'essayer des choses et ça peut être néfaste, surtout pour leur porte-monnaie", prévient le Dr Gosset.

Dans un article publié dans la revue BMJ en 2025, des experts soutenaient que la forte augmentation des offres commerciales pour les femmes cherchant à soulager les symptômes de la ménopause soulève des inquiétudes et que "la désinformation sur la ménopause nuit aux soins".

Parallèlement, les traitements médicaux hormonaux de la ménopause se heurtent à de la méfiance depuis la parution en 2002 d'une étude américaine qui pointait des risques accrus de cancers du sein et de problèmes cardiovasculaires.

Ces résultats ont ensuite été largement nuancés, mais il reste "difficile de rétropédaler", souligne le Dr Ansaldi.

La ménopause pâtit aussi d'un "manque de recherche scientifique", déplore la gynécologue, et "il reste des progrès à faire" sur la prise en charge, notamment "un bilan global de santé" systématique des femmes à la ménopause.

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