Info trompeuse et rumeurs : comprendre le phénomène numérique à Madagascar
Entre mésinformation, désinformation et malinformation, les réseaux sociaux à Madagascar véhiculent chaque semaine des centaines de contenus trompeurs. Un suivi mené par des ONG locales et internationales révèle l’ampleur du phénomène, ses auteurs et ses cibles, ainsi que les contextes qui favorisent sa propagation.
Un volume préoccupant de contenus trompeurs
La désinformation figure parmi les principales catégories de contenus problématiques relevés dans le rapport mensuel de monitoring MDM, numéro 043 d’octobre 2026. Entre le 10 et le 16 octobre 2026, 212 cas de MDM (mésinformation, désinformation et malinformation) ont été recensés, selon le rapport. Parmi eux, 33 % relèvent de la désinformation, 28,3 % de la malinformation et 4,7 % de la mésinformation. À ces chiffres s’ajoutent 34 informations ambiguës, difficiles à classer mais révélatrices d’un climat de confusion. Ces données illustrent la place croissante des contenus trompeurs dans le débat public en ligne, où la frontière entre information vérifiée et manipulation devient de plus en plus poreuse.
L’analyse des sources montre que 54,4 % des contenus proviennent de groupes constitués — partis politiques, médias ou collectifs militants. Les citoyens lambda représentent 20,3 %, tandis que 25,4 % des auteurs restent indéterminés. Cette répartition souligne que la désinformation n’est pas seulement le fait d’individus isolés : elle est aussi portée par des acteurs organisés, capables d’amplifier leurs messages auprès de larges audiences.
Des cibles récurrentes
Les principales victimes de ces campagnes sont les forces armées et la police (23,2 %), suivies des autorités publiques (22,6 %). Les autres institutions représentent 8,9 % des attaques.
Les campagnes visent aussi des groupes sociaux : 36 % des contenus ciblent des hommes, 15 % des femmes, et 47 % des groupes mixtes. Cette diversité de cibles traduit une volonté de fragiliser la confiance envers les institutions et de polariser la société.
Un exemple marquant concerne les allégations de bavures policières à Namontana. Entre le 1er et le 19 octobre 2026, 38,2 % des publications sur Facebook liées à cette affaire étaient fausses ou trompeuses. Les contenus dramatisés ont amplifié la perception de violences d’État, alimentant un climat de défiance envers les forces de l’ordre. Autre cas : la rumeur selon laquelle les conducteurs de deux-roues circulant sur les trottoirs d’Antananarivo risquaient de 3 à 10 jours de prison. Après vérification, cette affirmation s’est révélée fausse : le Code municipal d’hygiène prévoit une mise en fourrière, mais pas d’incarcération.
Ces exemples montrent comment une information partielle ou déformée peut rapidement se transformer en certitude partagée, avec des conséquences directes sur la perception de la justice et de la gouvernance.
Les contextes déclencheurs
Les pics de désinformation coïncident souvent avec des événements sensibles : opérations policières, décisions politiques, ou crises sociales. Les réseaux sociaux jouent un rôle d’amplificateur, où chaque incident devient matière à interprétation et à manipulation.
Il reste à vérifier dans quelle mesure ces campagnes sont coordonnées ou spontanées, mais leur régularité interroge sur l’existence de stratégies délibérées.
Face à ce phénomène, des initiatives locales comme le projet MANEHOA, soutenu par des ONG et partenaires internationaux, développent des outils de suivi et de vérification. Leur objectif : promouvoir une liberté d’expression responsable, qui protège le débat démocratique sans le laisser dériver vers la manipulation.
La question centrale demeure : comment concilier la vitalité des réseaux sociaux avec la nécessité de préserver une information fiable ? Les prochains mois diront si les efforts de sensibilisation et de fact-checking suffisent à endiguer une tendance qui fragilise la confiance dans les institutions et nourrit la polarisation sociale.





