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Médecine & Santé

"Des toilettes propres" : au cœur des revendications lycéennes, une question de dignité

06/11/2026 14:08 © Afp

"Pas de portes, pas de papier, pas de savon" : décrié depuis des décennies, l'état des sanitaires dans les établissements scolaires s'est imposé au cœur des revendications lycéennes, les élèves y voyant le symbole de conditions d'étude dégradées.

Au mégaphone, sur leurs pancartes ou au micro des médias, des lycéens à travers la France placent très haut dans leur liste de griefs ce manque de sanitaires et de propreté depuis le début des blocus d'établissements lancé à la mi-septembre en banlieue parisienne.

Au lycée Raymond-Naves de Toulouse, Marc-Antoine, en première STMG, décrit des toilettes "sales" dans lesquelles "il n'y a jamais de PQ". Ni lui ni ses amis n'y vont, assure-t-il.

Moisissures, peinture décollée, tuyaux rouillés... Au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), les WC portent les marques de la vétusté des lieux, à en croire des vidéos tournées par une enseignante et visionnées par l'AFP.

Loin d'être une préoccupation anecdotique, le délabrement des toilettes scolaires cristallise chez les adolescents un sentiment de mépris, en particulier dans les quartiers populaires où les élèves dénoncent un cumul des difficultés.

"C'est quand même notre confort intime", relève Kamelia, en terminale à Paul-Eluard.

Devant ce même établissement, une mère d'élève confie, désabusée : "Ma fille rentre à la maison tous les midis pour aller aux toilettes."

Le manque de sanitaires est aussi la doléance principale pour Nayla, 16 ans, en lycée professionnel à Bondy (Seine-Saint-Denis). "Il n’y a que deux toilettes pour plein plein d’élèves !", dit-elle, avant d'énumérer tout ce qui ne va pas par ailleurs et de conclure : "En banlieue, la société nous rejette en nous mettant dans des lycées qui laissent à désirer, en manque d'hygiène, en manque de profs...".

Jusqu'à l'Assemblée

Dans ces territoires d'Île-de-France, le sujet est vite devenu politique, à quelques mois de la présidentielle.

A Sevran (Seine-Saint-Denis), la députée NFP Clémentine Autain s'est affichée début octobre auprès de deux lycéens, racontant face caméra : "On n'a pas de savon, pas de portes dans les toilettes, pas de serviettes hygiéniques."

La problématique a fait son chemin jusqu'à l'Assemblée nationale, le 8 octobre, lorsque des élèves ont échangé autour de leurs revendications à l'invitation de députés LFI.

Pourquoi "refaire le sol de la cour alors que les toilettes sont cassées depuis un an ?", a alors lâché Nissa, visant les choix de la Région.

De son côté, la région Île-de-France a indiqué à l'AFP avoir lancé un "grand plan toilettes" en 2019, doté de 85 millions d'euros pour rénover les sanitaires "les plus vétustes" de 125 lycées publics sur 468. "On est à 80 % d’objectif atteint", pointe-t-elle.

"On a aussi des dégradations volontaires dans les toilettes", nuance-t-elle, évoquant des "remontées de proviseurs" qui décident parfois, dans ce cas de figure, "de ne pas faire les petites réparations."

Se retenir toute la journée

L'état des toilettes est un "problème ancestral" qui débute "dès la maternelle", estime l'infirmière scolaire Gwenaelle Thenoz, du SNIES-Unsa Education, depuis un lycée de l'académie de Lyon.

Pour elle, il s'agit même d'un "problème de santé publique" car des enfants se présentent à l'infirmerie avec "des maux de tête, de ventre, des infections urinaires, de la constipation" parce qu'ils "se retiennent de boire".

En l'absence de poubelles et de protections, des jeunes filles "gardent la même serviette hygiénique toute la journée", ajoute-t-elle.

En 2017, le Conseil national d'évaluation du système scolaire (CNESCO) avait déjà produit un rapport de référence avec l'appui de chercheurs, de médecins et de l'Education nationale. Il soulignait que de nombreux élèves développaient des stratégies d'évitement et se retenaient d'uriner toute la journée.

Au début de la pandémie de Covid-19, en mars 2020, le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer avait reconnu que ces sanitaires n'étaient pas "au niveau", espérant que la crise du coronavirus permettrait de faire progresser "ce sujet très important pour l'hygiène de nos enfants".

Contactée par l'AFP, l'association de parents d'élèves FCPE appelle le gouvernement à mettre en place un "vrai plan national" pour les toilettes.

Le 2 novembre, à l'issue d'une concertation lycéenne, le ministère a listé 200 lycées prioritaires pour l'amélioration du bâti. Un axe Île-de-France, Hauts-de-France et Paca a été retenu, ces régions concentrant 46 % des problèmes sanitaires signalés par les lycéens.

ecb-lbx-vgr-ap/mat/asm

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