Relations Madagascar-Russie : de nouveaux horizons de coopération
La participation du président de la Refondation, Michaël Randrianirina, au sommet Russie-Afrique, les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, intervient dans un contexte de rapprochement entre les deux pays. Historiquement marquée par les relations avec l’Union soviétique, cette coopération s’élargit aujourd’hui à la sécurité, à l’énergie et au développement, tandis que Madagascar maintient ses liens avec la France.
Une relation qui remonte à 1972
Les relations diplomatiques entre Madagascar et la Russie ont été établies en 1972, sous la Première République, alors que le pays cherchait à diversifier ses partenaires internationaux. À cette époque, l’Union soviétique, dont la Russie est aujourd’hui l’État successeur, entretenait des relations avec plusieurs pays africains, notamment dans les domaines politique, éducatif et militaire. Cette volonté de diversification n’est pas nouvelle. En février 1969, le journaliste Philippe Decraene soulignait déjà, dans Le Monde diplomatique, que Madagascar, malgré ses liens étroits avec la France, cherchait à développer ses relations avec d’autres partenaires. L’ouverture vers de nouveaux interlocuteurs répondait notamment à la volonté de ne pas limiter la diplomatie malgache à ses alliances historiques.
Cette orientation reste d’actualité en 2026. Le rapprochement avec Moscou s’inscrit dans une politique de diversification des partenariats, alors que Madagascar cherche des soutiens pour répondre à ses besoins économiques, sécuritaires et sociaux.
Un rapprochement accéléré depuis 2025
La relation bilatérale a pris une nouvelle dimension après le changement de pouvoir d’octobre 2025. La Russie a rapidement manifesté sa volonté de renforcer ses relations avec les nouvelles autorités malgaches. Le 19 février 2026, Michaël Randrianirina a rencontré le président russe Vladimir Poutine au Kremlin. Les discussions ont notamment porté sur la défense, l’énergie et les infrastructures. Cinq jours plus tard, le dirigeant malgache s’est entretenu à Paris avec le président français Emmanuel Macron. Cette succession de visites illustre la volonté affichée d’Antananarivo de maintenir ses relations avec plusieurs partenaires.
Depuis, la coopération avec Moscou s’est notamment développée dans le domaine sécuritaire. L’aide russe apportée après le passage du cyclone Gezani a également donné une dimension humanitaire à ce rapprochement. La Primature malgache a annoncé la fourniture de deux hélicoptères, de six camions et de 60 tonnes de denrées alimentaires destinés aux secours et à la reconstruction.
Des ambitions qui dépassent la sécurité
À l’occasion du sommet Russie-Afrique, les discussions doivent permettre d’explorer de nouvelles possibilités de coopération entre les deux pays. Outre la sécurité, plusieurs secteurs sont concernés : l’agriculture, l’énergie, la santé, l’éducation et les infrastructures. Des échanges ont également porté sur des mécanismes de conversion de dette en financement du développement. Ces pistes pourraient ouvrir des possibilités de financement pour Madagascar, mais leur concrétisation dépendra des accords conclus, des ressources disponibles et des conditions retenues.
L’expérience passée invite à distinguer les intentions des résultats. En 2018, un investisseur russe avait pris une participation majoritaire dans la société minière publique Kraoma. Il s’était retiré dès 2019, sans parvenir à assurer la relance attendue. Ce précédent rappelle que le renforcement des relations diplomatiques ne garantit pas, à lui seul, la réussite des projets économiques. La présence russe s’étend aussi aux domaines culturel et médiatique, avec notamment l’ouverture d’une Maison russe à Antananarivo et le développement de cours de langue. Cette diversification des échanges témoigne d’une relation qui ne se limite plus aux contacts officiels entre les deux gouvernements.
Madagascar entre Moscou et Paris
Le rapprochement avec la Russie ne signifie pas l’abandon du partenariat français, comme le martèle souvent le président de la Refondation. Les liens entre Madagascar et la France reposent sur une longue histoire de coopération, des échanges économiques et des relations humaines qui continuent de structurer leurs rapports.
En octobre 2026, la ministre française des Armées, Catherine Vautrin, s’est rendue à Madagascar pour engager une coopération sur la surveillance maritime. Le financement de la réhabilitation du chantier de réparation navale d’Antsiranana figurait également parmi les dossiers abordés. Pour Antananarivo, l’enjeu consiste donc à développer de nouveaux partenariats sans nécessairement renoncer aux anciens. Cette démarche prolonge une orientation diplomatique déjà observée dans les premières années de l’indépendance.
Le sommet Russie-Afrique représente une nouvelle occasion de préciser les contours de la relation avec Moscou. Au-delà des déclarations politiques, sa portée se mesurera aux accords effectivement conclus, aux projets réalisés et aux bénéfices concrets pour la population malgache.





